Lautresite, le jour, les billets de mars 2007
   


 
 
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Des gens, je veux dire : des juifs, des travailleurs forcés, des résistants, des homosexuels ou des tziganes, enfin tout un monde englouti, un monde perdu de vue et que bien souvent aujourd’hui on ne veut même plus regarder. Dans ces tonnes de papiers figurent notamment des documents fort rares qui concernent les marches forcées auxquelles les nazis contraignaient les survivants des camps pour les escamoter aux yeux des armées alliées qui avançaient, en 1945. Ces documents sont pour la plupart inédits et d’un intérêt historique majeur. Pour les consulter, il faudra aller à Bad Arolsen, en Hesse. C’est là où la Croix-Rouge veille sur ces archives. C’est l’Allemagne qui paie le fonctionnement de ce Service et ils sont onze pays, dont la Belgique, à l’administrer. Ces onze pays ont donc considéré qu’il était temps, après soixante ans, de rendre publiques ces archives. C’est drôle, on dirait qu’on se dépêche de terminer vite la guerre pour enfin pouvoir commencer l’Europe. Car dans quelques semaines, nous célèbrerons le 50ème anniversaire du Traité de Rome. Le Traité de Rome, c’est l’Europe ensemble, Allemands et Français et Belges et Italiens et Néerlandais et Luxembourgeois. L’Europe ensemble, c’est douze ans après la guerre, douze ans après les marches forcées où sont mortes 200.000 personnes. On voudrait bien de temps en temps qu’on s’en souvienne. Et en parler d’urgence par exemple, à Jacques Chirac, Tony Blair, José-Luis Zapatero et Angela Merkel. Leur redire qu’Airbus, c’est tout de même mieux que la guerre. Leur dire qu’il y a encore, 50 ans après le traité de Rome, des projets où les Européens peuvent être ensemble plutôt que de retourner chacun à ses frontières, à ses intérêts, à ses nationaux. Leur dire qu’à une marche forcée vers les divisions, on préfère quand même une promenade tranquille vers la solidarité.