Lautresite, le jour, les billets de mars 2007
   


 
 
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Voilà des gens jadis eux-mêmes réduits à l’esclavage, des gens chassés de leurs terres en 1835 par les colons, victimes d’un déplacement forcé — qu’on appellerait peut-être aujourd’hui du nettoyage ethnique —, obligé de quitter leurs terres de l’Est des Etats-Unis pour celles de l’Oklahoma. Voilà des gens qui perdent 4000 des leurs lors de cette marche que l’on a appelée le Chemin des larmes et qui, pourtant, combattent 30 ans plus tard, lors de la guerre de Sécession, dans le camp des Confédérés, chez les sudistes, du côté des esclavagistes donc. Les Cherokees sont sans doute de tous les peuples indiens la tribu qui s’est le plus, comment dire ?, accommodée de la présence des colons. On dirait peut-être aujourd’hui qui a le plus collaboré. Une allégeance qui leur valut d’appartenir à ce qu’on appelait aux Etats-Unis les cinq tribus civilisées, un titre qui allait de pair avec des droits et des privilèges en récompense d’une adaptation sans faille à la culture occidentale : accepter la propriété privée, construire des maisons en dur et, bien sûr, pratiquer l’esclavage. Et si je vous en parle aujourd’hui, c’est que les Cherokees ont décidé la semaine dernière d’exclure de leur communauté — de leur Nation —, les descendants de ces Noirs qui avaient décidé de continuer à vivre parmi eux après l’abolition de l’esclavage. Ils y avaient fait souche et les populations s’étaient métissées. Mais voilà, 140 ans plus tard, 77% des électeurs cherokees appelés à se prononcer ont décidé d’exclure les Noirs et leurs descendants de leur tribu, préférant réserver leur nation aux seuls Cherokees pouvant prouver la pureté de leur sang. Si Jimi Hendrix vivait encore, il pourrait faire ses valises, lui dont la grand-mère était aussi cherokee. Cette histoire de sang pur et de race pure, vous ne vous attendiez pas à ce qu’elle revienne par les Indiens, peuple colonisé, peuple éliminé, peuple martyr… Ah, ces révisions déchirantes ! C’était ma chronique : il n’y a rien à faire, on apprend tous les jours. On apprend que s’il n’est pas déjà pas commode d’être la victime d’un bourreau, il n’est souvent pas plus simple d’être la victime d’une victime.