Lautresite, le jour, les billets de mars 2007
   


 
 
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Devant quoi, le Premier ministre en exercice avait fustigé, je cite, « cet attentat odieux qui voulait frapper des juifs se trouvant dans la synagogue et qui a touché des Français innocents qui traversaient la rue ». Raymond Barre, considéré désormais comme un sage de la politique hexagonale, n’a jamais renié ni retiré ces paroles. On ne voit plus beaucoup Raymond Barre. Il a 83 ans et celui qu’on appelait le meilleur économiste de France joue désormais un rôle discret dans sa bonne ville de Lyon dont il a été maire. Mais vendredi dernier, sur France Culture, radio publique, radio de service public, il a déclaré que le bruit fait autour de sa petite phrase l’avait tout de même beaucoup remué parce que, je cite encore, « le lobby juif est capable de monter des opérations qui sont indignes » et qu’il tenait à le dire publiquement, c’est-à-dire à la radio publique. Barre, qui fut aussi le chef d’un gouvernement dans lequel figurait un certain Maurice Papon, mort dans son lit il y a quelques jours, dit de son ancien ministre qu’il fut un « grand commis de l’Etat, un homme très courageux ». Il lui donne raison de n’avoir pas quitté ses fonctions de préfet, durant l’occupation allemande, car, je cite encore, « on ne démissionne que lorsque qu’il s’agit vraiment d’un intérêt national majeur ». Maurice Papon, dit-il, a surtout payé pour sa répression du métro Charonne— c’était pendant la guerre d’Algérie et il y eut neuf morts dans cette manifestation anti-coloniale — et que le reste, je cite toujours, n’était qu’un alibi. Ou si l’on veut, une question de détail. Sur le Front national, précisément, Raymond Barre trouve que Bruno Gollnisch, numéro deux ou trois du parti de Jean-Marie Le Pen — on ne sait plus bien — et récemment condamné pour propos négationnistes, « est un homme bien ». Quand un vieil homme meurt, dit un proverbe africain, c’est une bibliothèque qui brûle. On se demande bien, cependant, qui aura vraiment envie de s’occuper ce celle de Raymond Barre.