Lautresite, le jour, les billets de mars 2007
   


 
 
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On y voyait la trace des Sumériens, on pensait qu’elle était née dans ce Croissant fertile où sont aujourd’hui les armées britanniques, dans le sud de l’Irak. Mais les gens qui discutent ces jours-ci à Bruxelles en sont beaucoup moins convaincus, ils croient qu’elle vient d’une région où résonne encore le nom du général Mutebesi et des Banyamulenge, le Nord-Kivu, où elle serait née il y a 20.000 ans. Au Congo donc, dans le Rift africain. Ce Congo qui était encore belge le jour où un géologue au nom aussi beau qu’un poème, Jean de Heinzelin de Braucourt, découvrit de tous petits os scarifiés et incisés où il lui sembla reconnaître un système de comptage sophistiqué. Un système riche de combinaisons, intégrant les nombres premiers, permettant les additions, les soustractions, les multiplications, bref inventant l’arithmétique. Ces os ou ces bâtons d’Ishango, on dit les deux, sont visibles au Musée des Sciences naturelles de Bruxelles, tout près des iguanodons de Bernissart. Ils ont été découverts dans les années cinquante, leur mise au jour n’est donc pas récente, on en parle de temps en temps, puis ils disparaissent. On dirait bien qu’il leur faut régulièrement de nouveaux archéologues pour les déterrer de l’oubli où on les a confinés. Et si la Région bruxelloise, à l’origine du colloque qui se tient ces jours-ci, se bat depuis des années pour que ces bâtons d’Ishango rentrent à la fois dans les précis de mathématiques et dans les livres d’histoire, c’est qu’il n’est toujours pas facile, apparemment, pour les Occidentaux que nous sommes, d’associer ces deux mots : Afrique et scientifique. C’est vrai que pour ce qui est d’être rationnels et logiques, on peut nous faire confiance. Nous, au moins, on a les cours de la Bourse !