Lautresite, le jour, les billets de février 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Lien vers le site de la RTBF, pour écouter la chronique du jour.



C’est drôle, on dirait que le pays entier est aujourd’hui peuplé de citoyens, un mot qui, ces dernières années, avait été largement démonétisé. Et on dirait aussi que ces citoyens-là ont choisi, pour faire valoir leur avis, la voie la plus directe possible : une route qui n’offre pas de prise à la médiation. Car entre le citoyen et le pouvoir, on dirait qu’il n’y a plus rien aujourd’hui, ou plus personne. A tel point que certains redoutent désormais d’assister à la disparition des corps intermédiaires de la société, ceux qui servent à la fois de garde-fous et de passeurs, parmi lesquels figurent en bonne place les journalistes et les associations. Car hier, qui posait les questions du débat public ? Les journalistes. Et qui portait les questions dans le domaine public ? Les associations. Les voilà tout d’un coup devenus dispensables, vieillis, comme usés. Les questions, on les pose et on les porte désormais à leur place ou sans eux ou malgré eux. Parfois, dans un tohu-bohu finalement assez clientéliste comme sur TF1, où l’addition des cas particuliers ne fournit aucune sorte d’argument au… général. Parfois dans une belle rigueur démocratique comme dans les panels de citoyens, comme celui qu’organisa, la première, en 2001, la Fondation pour les générations futures ou celui, plus récent, qu’a lancé la fondation Roi Baudouin sur l’Union européenne. N’empêche, je ne peux pas me retenir de penser que là où l’on parlait hier d’une fracture entre le monde politique et le citoyen, on aura peut-être affaire demain à un fossé creusé entre le citoyen et la société civile. La société civile et la société des civils, en quelque sorte.Voilà bien une forme inédite du débat, en société. Quelque chose qui vous donne envie, vous savez quoi, eh bien, de faire du politique…