Lautresite, le jour, les billets de février 2007
   


 
 
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Quand on boit un verre, on ne boit pas vraiment le verre. On boit ce qu’il y a dedans. C’est ça, une métonymie, c’est désigner une partie pour le tout. Donner le tout pour sa partie, par contre je ne sais pas comment ça s’appelle en français... Une partie de la guerre fut donc un génocide. Mais le tout de la guerre fut tout simplement une guerre dont on hésite aujourd’hui à savoir par qui elle fut menée. Dix ans à peine après la fin du conflit de Bosnie, des juristes ont décidé d’en refermer définitivement le dossier puisque le jugement n’est pas susceptible d’appel. Depuis quelque temps, on le sait, un grand débat se développe en Europe pour savoir qui du politique, du droit ou de l’histoire doit dire la mémoire. Il a fallu 60 ans, par exemple, pour qu’un rapport sorte chez nous et vienne nous parler de la « Belgique docile ». Ce sont des historiens qui s’en sont chargés. Dira-t-on que le temps historique, pour le jugement livré hier à La Haye, fut trop court ? Ou bien qu’on pourrait lire du politique sous cette décision juridique ? Et puis, subitement, il nous vient à l’idée que si nous avons pu suivre le siège de Sarajevo quasi au jour le jour — nous étions des snipers de l’information, tapis dans l’ombre de nos télévisions—, le massacre de Srebrenica est, lui, resté constamment en dehors des images. Ce n’est qu’à l’été 2006 qu’on a vu surgir, comme déterrées, un film de caméra amateur, ces hommes qu’on allait abattre, qu’on abattait, qui étaient abattus. Un génocide, ce serait donc ce que nous ne voyons pas à la télévision. Ce que nous voyons à la télévision, ce ne peut pas être un génocide, parce qu’alors, même si on ne sait pas qui sont les coupables, on serait vraiment trop nombreux à en être les complices.