Lautresite, le jour, les billets de février 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Non, on ne sait pas bien ce qui a fait notre week-end car tout vient en paquet et en rafale, le trivial comme le tragique. Rien n’arrête les nouvelles nouvelles, on ne peut pas les trier. Et au milieu de tout cela, en plein milieu, comme le nez dans la figure, ce journaliste télévisé qui annonce : « On parle beaucoup pour l’instant des changements climatiques » et nous voilà suspendus à ce « pour l’instant » — qu’est-ce qu’il peut bien signifier ce « pour l’instant » ?— et on se demande ce qu’il veut bien dire, lui, le journaliste télévisé, par ce « pour l’instant », car on se dit qu’il suppose donc que ça ne va pas durer, qu’on va bientôt pouvoir passer à autre chose, que c’est la règle de l’actualité, que ça a toujours été comme ça, que c’est immuable, et qu’après la pluie vient le beau temps. Et voilà qu’on se surprend à avoir peur que la fin de la semaine dernière — ce vendredi où les résultats catastrophiques des experts scientifiques du Giec furent annoncés urbi et orbi —, on a peur donc que ce vendredi — il y a trois jours — soit déjà trop éloigné pour la mémoire humaine et l’on craint que la présentation du rapport alarmant sur le climat ne fut précisément que cela : un instant dans la conscience des hommes… Car on dirait que ça y est, que nous avons la mémoire des vieilles personnes, celle qui se souvient très bien de ce qui s’est passé voilà quarante ans, mais ne se rappelle déjà plus d’hier. Comme si, en ces temps de mémoires vives, les nôtres avaient choisi, par dépit, de se désactiver. Pourtant, nous avons peut-être à accomplir le travail de mémoire le plus étonnant depuis la naissance de l’humanité : nous souvenir de demain.