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Et même si ces étudiants
ont décidé de faire profession de la santé, il
n’en reste pas moins que leur cigarette grillée pendant
le temps de midi est aussi légitime que peut l’être
le verre de vin que prend votre médecin. La direction a pourtant
décidé d’anticiper l’entrée en vigueur
du décret en obligeant donc les étudiants fumeurs à
arborer un badge durant l’entre-cours, « entre 12h40 et
13h30, dans la zone réservée à cet effet ».
Dans le journal, ils ont aussi mis la photo du badge. A vrai dire, il
y en a deux. Un très laid avec des poumons tout noirs qui dit
« J’admets que mes poumons peuvent ressembler à ça
». Et puis un autre, très laid aussi, avec des poumons
tout blancs qui est réservé aux repentis et qui annonce
« Voici mes poumons depuis que j’ai arrêté
de fumer ». Après Carnaval, la permission de fumer dans
la cour de récréation sera soumise à l’autorisation
des parents. Laquelle autorisation entraînera de fait le port
obligatoire d’un badge. Une autorisation qui mène à
une contrainte, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse
là d’une révolution pédagogique. On y voit
plus sûrement une mise à l ‘écart, une stigmatisation,
un bannissement de ce que les anglo-saxons appellent « des criminels
sanitaires ». Quand on met quelqu’un à part, on pratique,
littéralement, l’apartheid. En Afrique du Sud, une nouvelle
forme de tuberculose vient de faire son apparition et résiste
à toutes les médications. Elle est rapidement mortelle
et peut se développer très vite. C’est pourquoi
les autorités, pour éviter la propagation de la maladie,
se demandent s’il ne faudrait pas mettre les malades en prison,
ou si pas en prison, dans des zones réservées, par exemple
dans des camps ? Le bien de tous quand il rencontre la résistance
de quelques-uns, il peut être terrible.
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