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Il avait fallu une année
aux militaires soviétiques, équipés d’engins
à chenille, pour atteindre enfin ce « pôle d’inaccessibilité
» où, pour marquer leur victoire et leur territoire, ils
avaient bâti une cabane orientée vers Moscou et, sur le
toit de la cabane, ils avaient fiché Vladimir Illich. Je ne veux
rien dire sur les mérites comparés du capitalisme et du
communisme, mais le voyage des quatre Canadiens et Britanniques n’a
duré, lui, que 48 jours et à pied encore bien et sans
aucune assistance. Mais enfin, si la vitesse est capitaliste, il faut
bien reconnaître que, par un curieux retour de l’histoire,
la pérennité semble bel et bien communiste parce que,
tout de même, 49 ans dans les glaces et même pas recouvert,
le petit père. On dirait que Lénine a passé sa
mort à être indestructible. Quand ils ont découvert
le buste, les explorateurs ont noté : « Sa statue est en
parfait état. C’est irréel ». Et son mausolée
sur la Place Rouge ? Un moment remis en cause par Boris Eltsine, destiné
à être détruit, il a fini par être conservé
et il semble que la dépouille momifiée du président
du Conseil des commissaires du peuple puisse encore tenir, «grâce
à la méthode d’embaumement russe», je cite,
jusqu’à la fin du siècle, s’assurant là
une durabilité plus sûre que celle à laquelle nous
condamnent les changements climatiques dont, précisément,
on étudie les effets dans l’Antarctique. Je vous le disais,
on ne disparaît jamais tout à fait. Mais tout de même,
je ne peux pas m’empêcher de trouver curieuses toutes ces
histoires de révolutions qui finissent dans la conservation.
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