Lautresite, le jour, les billets de janvier 2007
   


 
 

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Ces glaciers là — sous lesquels se cache la meilleure part du gisement—, le promoteur, qui est canadien, ne peut pas, par contrat, les exploiter. Pas de problème, dirent les ingénieurs, il suffit d’en découper des morceaux et de les amener par camion vers un autre glacier avec lequel ils finiront bien par s’entendre. A quoi l’on voit que l’imagination humaine est sans borne et que si la foi déplace des montagnes, le profit peut chambouler des glaciers. Bon, je vous le dis, ça ne se fera pas. Quelqu’un de bon sens au gouvernement a interdit cela. Mais quelqu’un d’autre, tout aussi judicieux, a indiqué que, de toute manière, les poussières dûes aux explosions allaient recouvrir les névés et qu’un glacier sale, eh bien, ça fond. Il y a du travail pour 20 ans, là. Dans 20 ans, il n’y aura plus de travail, plus d’or, plus de glacier et plus d’eau non plus. Ça, c’était une histoire qui se déroule dans un pays qui vient de se débarrasser d’un ancien tyran et qui vit aujourd’hui en social-démocratie. En voici une autre qui vient d’un pays qui s’est libéré il y a presque vingt ans d’un dictateur et qui vit maintenant en libéral-démocratie. Le petit village de Rosia Montana, dans les Monts Apuseni, une merveille, en Roumanie, est quant à lui censé accueillir un autre projet minier, le plus grand d’Europe, quelque chose de pharaonique dont Ceausescu lui-même aurait pu rêver. On va y aplanir des montagnes, creuser un lac artificiel, déplacer des églises, détruire des villages, retourner des cimetières, enfin un truc très connu dans les villages roumains. Rosia connaît l’or depuis la nuit des temps. C’est un site archéologique et un lieu de culture. On va laver tout cela dans du cyanure. Le promoteur, qui est canadien, s’attend à récolter trois cents tonnes d’or et les écologistes des kilos de problèmes. L’Europe avait fait de l’abandon de ce projet l’une des conditions de l’adhésion de la Roumanie. Finalement, c’est l’abandon qui a été abandonné. Abandonnons, abandonnons, il n’en restera bientôt plus rien.