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Ces glaciers là —
sous lesquels se cache la meilleure part du gisement—, le promoteur,
qui est canadien, ne peut pas, par contrat, les exploiter. Pas de problème,
dirent les ingénieurs, il suffit d’en découper des
morceaux et de les amener par camion vers un autre glacier avec lequel
ils finiront bien par s’entendre. A quoi l’on voit que l’imagination
humaine est sans borne et que si la foi déplace des montagnes,
le profit peut chambouler des glaciers. Bon, je vous le dis, ça
ne se fera pas. Quelqu’un de bon sens au gouvernement a interdit
cela. Mais quelqu’un d’autre, tout aussi judicieux, a indiqué
que, de toute manière, les poussières dûes aux explosions
allaient recouvrir les névés et qu’un glacier sale,
eh bien, ça fond. Il y a du travail pour 20 ans, là. Dans
20 ans, il n’y aura plus de travail, plus d’or, plus de
glacier et plus d’eau non plus. Ça, c’était
une histoire qui se déroule dans un pays qui vient de se débarrasser
d’un ancien tyran et qui vit aujourd’hui en social-démocratie.
En voici une autre qui vient d’un pays qui s’est libéré
il y a presque vingt ans d’un dictateur et qui vit maintenant
en libéral-démocratie. Le petit village de Rosia Montana,
dans les Monts Apuseni, une merveille, en Roumanie, est quant à
lui censé accueillir un autre projet minier, le plus grand d’Europe,
quelque chose de pharaonique dont Ceausescu lui-même aurait pu
rêver. On va y aplanir des montagnes, creuser un lac artificiel,
déplacer des églises, détruire des villages, retourner
des cimetières, enfin un truc très connu dans les villages
roumains. Rosia connaît l’or depuis la nuit des temps. C’est
un site archéologique et un lieu de culture. On va laver tout
cela dans du cyanure. Le promoteur, qui est canadien, s’attend
à récolter trois cents tonnes d’or et les écologistes
des kilos de problèmes. L’Europe avait fait de l’abandon
de ce projet l’une des conditions de l’adhésion de
la Roumanie. Finalement, c’est l’abandon qui a été
abandonné. Abandonnons, abandonnons, il n’en restera bientôt
plus rien.
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