Lautresite, le jour, les billets de janvier 2007
   


 
 

Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Le jour de Noël dernier, quatre portes se sont ouvertes et le temps est venu à quatre reprises. Au Japon, la peine de mort se pratique par pendaison. A Noël dernier, on a notamment pendu un homme de 75 ans, handicapé des jambes. Il était chrétien. En toutes circonstances, le bourreau veille à la symbolique. Ainsi, Saddam Hussein pendu le jour de l’Aïd. Et nous avons regardé, dans le monde entier, la bande-annonce d’un snuff-movie ou bien le film en entier, selon les affinités, et c’était bien la chose la plus pornographique que l’on ait vue en prime time et ce qui était plus odieux encore, c’était le son : Saddam a été exécuté par des bourreaux haineux lui hurlant aux oreilles leurs cris de vengeance. Pendant un moment, du temps des « événements » de l’Algérie française, Albert Camus n’était pas arrivé à choisir entre la Justice et sa mère. Finalement, il avait choisi sa mère. Les bourreaux de Bagdad ont fait pire, ils se choisi, eux. En bricolant une corde trop longue qui a arraché la tête de Barzan Al-Tikriti, le demi-frère de Saddam pendu lundi dernier avec Awad Al–Bandar, les bourreaux ont continué de se préférer à la Justice. Ils ont littéralement appliqué la peine capitale, celle qui peut, étymologiquement, coûter la tête. Ou la couper, selon les cas. « Cela arrive rarement, mais c’est arrivé, c’est la volonté de Dieu » a dit le porte-parole du gouvernement irakien. Sur quoi Condoleeza Rice a ajouté qu’elle eût préféré que les deux hommes fussent exécutés « avec plus de dignité ». En quoi l’on voit que l’on peut être pendu une fois par la corde et l’être une deuxième fois par les mots. Peut-être bien, après tout, que « le temps est venu » d’arrêter de nous habituer à ces dignités béates et satisfaites qui font d’une mort administrativement correcte une mort convenable. Condoleeza n’a rien dit des 80 morts d’hier, à Bagdad.