Lautresite, le jour, les billets de janvier 2007
   


 
 

Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Mon voisin, précisément, est venu récemment du sud de la France, il a suivi pour cela le même chemin qu’empruntent désormais les chênes, les chenilles processionnaires du pin et les moustiques tigrés, il a migré vers le Nord. Car tout monte au Nord, pour l’instant. Les arbres, les plantes, les insectes, les oiseaux, les poissons, les hommes. Il y a, comme cela, des migrations que l’on ne voit pas. Des forêts se sont littéralement mises en marche et avancent chaque année de quelques centaines de mètres. Le pin maritime quitte ainsi l’Aquitaine et entend trouver asile en Normandie quand la chenille qu’il abrite a atteint Nemours, cette année. On dirait un exode discret. Avant-hier, la Commission européenne annonçait que le tourisme aussi allait changer. Que dans 50 ou 100 ans, les flux touristiques s’inverseront et que l’on trouvera plus intéressantes les plages du Nord — pourvu qu’elles n’aient pas disparu — que celles du Sud, surchauffées, étouffantes, invivables l’été. Ainsi, tout un continent bouge ou s’apprête à bouger. Mais on ne le voit pas. Dans quelques années, notre Nord sera le Sud de quelqu’un, nous devrons nous habituer à de nouvelles géographies et à de nouveaux paysages, nous serons les mêmes, mais nous serons devenus des autres. Certain jour, je vous assure, on voudrait bien que le travail principal d’une vie d’homme soit de trouver un coin à champignons.