Lautresite, le jour, les billets de janvier 2007
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Lien vers le site de la RTBF, pour écouter la chronique du jour.



Il faut dire que le candidat à l’emploi était turc et que, de fait, il est étranger. L’entreprise s’appelle Euro-lock et c’est peu dire qu’elle porte bien son nom : euro, euro, et lock de l’anglais to lock, fermer. Europe fermée ou fermer l’Europe, c’est comme on voudra. Elle est située à Drongen, Flandre, et le patron n’en finit pas de se demander ce qui lui arrive et de pester contre ce Turc qui, je cite, “s’est répandu dans la presse sans s‘être concerté avec moi”. Et c’est justement parce qu’il ne semble pas comprendre que le Centre pour l’Egalité des Chances, qui avait patienté un moment, a décidé, en début de semaine, d’entreprendre contre lui une action judiciaire. La discrimination, c’est une sorte de racisme à bas bruit. Elle est insidieuse, c’est-à-dire qu’elle s’insinue et ce n’est pas un hasard si elle partage avec la discrétion la même racine latine. On n’a pas besoin d’être étranger pour être discriminé. On peut aussi être trop gros, ou alors malade, ou n’avoir pas assez d’argent ou n’avoir pas le bon âge, nos sociétés ne sont pas avares de possibilités. Il y a quelque temps, une dame qui avait postulé l’emploi fixe d’ergothérapeute qu’elle occupait partiellement depuis deux ans et qui en avait été écartée en raison de son état de santé a gagné son procès devant le tribunal du travail. C’était une première. Il faudra patiemment l’expliquer au patron d’Euro-Lock qui, furieux d’avoir perdu des clients avec la publicité faite à cette histoire, demande aujourd’hui : « "Qui est la véritable victime dans cette affaire?". Si on me demande mon avis, je crois que je dirai : « Je pense que c’est l’intelligence ».