On dirait que tout le monde, ces
temps-ci, se donne le mot pour attirer notre attention, qui sur le réchauffement
climatique, qui sur la situation des quartiers défavorisés,
qui sur la scission de la Belgique, en utilisant des procédés,
disons, manipulatoires, certains diraient ludiques, qui disent le faux
pour prêcher le vrai. En foi de quoi, la glaciation n’a
pas encore atteint nos côtes, Droixhe n’a pas brûlé
samedi dernier et la Belgique est toujours, en ce lundi 18 décembre,
un Etat fédéral. Posons-nous la question, tout de même,
de savoir pourquoi notre attention demande à être attirée
et pourquoi des gens, un peu partout, se sentent légitimés
à vouloir l’amener à eux. Normalement, c’est
le rôle des médias, mais aussi de tout ce qui bouge dans
la société civile, de faire ce travail en toute sérénité,
en toute ouverture d’esprit, en toute impartialité. Et
encore aujourd’hui, par exemple, le Centre pour l’Egalité
des chances distribue dans les gares, en ce jour international du Migrant,
un petit questionnaire qui fait le point sur les idées fausses
que nous pouvons avoir sur l’état de l’immigration
dans notre pays, un petit jeu très instructif, essayez, vous
verrez. Mais pourquoi, de fait, certains veulent-ils alors forcer la
réalité lorsqu’elle est là tout entière
sous nos yeux ? Nous pense-t-on à ce point insensibles ? Ou croit-on
que seul le recours à l’émotion spectacularisée
ou mise en scène peut nous amener à réagir et nous
conduire à réfléchir notre avenir ? Le malheur
réel n’est-il pas déjà suffisant comme cela
pour qu’il faille encore se donner le grand frisson d’une
catastrophe supplémentaire ? Ce sont des choses qu’il nous
faudrait discuter sans attendre, mais où le faire encore, et
avec qui, si les médias ou les institutions décident de
quitter le champ du débat pour préférer celui l’apparat
?
NB : Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le
TPIY, il y a aujourd’hui 4146 jours que Ratko
Mladic est libre et vivant.