Lautresite, les billets hebdos de fin 2006
   


 
 



Ce qui se passe aujourd’hui entre les inclus et les exclus, entre les bénis et les bannis, dresse le portrait d’une société fracturée et nous créons des tas de nouveaux mots pour cela : les invisibles, les précaires, les dissociés : une société qui invente des mots pour nommer ses manques confond la richesse de son vocabulaire avec la justesse de son discours. Puisqu’il faut dire les choses, nous parlons des misérables, des miséreux, des pouilleux, nous parlons du lumpen, des clochards, des trimards, enfin, nous parlons de ceux que nous appelions, avant, simplement, des pauvres. D’ordinaire, nos sociétés parvenaient à établir entre ses classes les plus aisées et ses classes les plus pauvres, une moyenne. Cette moyenne, cette classe moyenne, qui représente sans doute l’un des meilleurs atouts et l’une des plus belles réussites de nos démocraties, cette classe moyenne se sent elle aussi en danger. Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche tarpéienne, on le sait bien, et ici, nous voulons dire qu’il n’y a plus grand-chose entre les 1300 euros que gagne un représentant de la classe moyenne inférieure et les 777 que touche un isolé au CPAS… S’il y a une chose que nous avons tous comprise aujourd’hui, c’est que l’ascenseur social est en panne sans doute, que l’escalier même est bouché mais que le toboggan, lui, il est astiqué tous les jours. Les choses peuvent glisser ainsi et vous aurez appris comme moi qu’une bonne proportion des gens qui logent dans la rue ont un emploi et un salaire. Alors, quand on a reçu la mission élective de gérer les manques de nos sociétés, on n’a pas seulement le droit de parler, on a aussi parfois le devoir de se taire. Un ministre déposant la semaine dernière devant la commission parlementaire Immo-Congo, interrogé sur le coût financier de l’opération a eu cette phrase : « Allons, 3 millions, c’est l’espace d’une respiration. Soyons sérieux ». Je pense être quelqu’un de sérieux. Je vais respirer un bon coup. …. Vous les avez entendus passer, les trois millions ? Et tourner sept fois sa langue dans sa bouche, ça vaut combien ?

NB : Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY, il y a aujourd’hui 4139 jours que Ratko Mladic est libre et vivant.