Pendant 17 ans, vous avez dirigé
le Chili et ce que l’on retient de vous, ce sont d’abord
les noms de morts à qui vous avez refusé parfois même
jusqu’à la sépulture. Cela fait plusieurs fois que
vous recevez l’extrême-onction et il est juste de dire qu’encore
une fois on vous a donné le bon dieu sans confession parce que,
de fait, le pardon, vous ne l’avez jamais accordé ni jamais
demandé. Vos dernières années ont hésité
entre les assignations à résidence et les libérations
pour raisons humanitaires, vous êtes poursuivi depuis 1998 mais,
toujours, vous qui êtes officiellement considéré
comme un dément léger, vous avez réussi à
vous échapper, à prendre de l’avance, à jouer
les filles de l’air. On vous disait grabataire, et voilà
que l’on vous voyait sautiller comme un gamin. Si bien que cette
fois-ci encore, certains doutent de l’état de votre état
de santé. Ils pensent, qu’encore une fois vous tentez de
différer, de postposer, de repousser, de retarder les échéances
judiciaires parce que, à tout prendre, vous préférez
vous rendre dans les bras de Dieu et que mourir sans peine judiciaire
est pour vous mourir sans peine aucune. En cela, vous nous rappelez
un autre salaud gériatrique, Maurice Papon, sur lequel la justice
des hommes a passé, mais qui, comme vous, a bénéficié
de libéralités humanitaires qui n’ont jamais profité
à vos victimes. Vous vous souviendrez qu’il a été
libéré de sa prison le 18 septembre 2002, parce que sa
santé était déficiente et que le pronostic vital
était engagé. Je ne jouerai jamais aux courses avec des
médecins pratiquant si mal les pronostics parce que, tout de
même, il vient de fêter sa quatrième année
hors des barreaux, Maurice Papon. Il a aujourd’hui 96 ans. Vous
en avez 91 : sur l’échelle de l’ignominie et du déshonneur,
vous êtes un jeune homme. Alors, tenez encore un peu. Parce que
vous devez rendre aux hommes plus que votre dernier souffle.
NB : Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le
TPIY, il y a aujourd’hui 4132 jours que Ratko
Mladic est libre et vivant.
NB 2 : Depuis sa libération, le 18 septembre 2002, il y a aujourd'hui
1538 jours que Maurice Papon est libre et vivant.