Lautresite, les billets hebdos de fin 2006
   


 
 



Avec cette décision, vous le savez bien, vous vous trouvez en contradiction avec tous les principes européens que vous défendez depuis des années. Je parle ici autant à l’homme qui, aux côtés de Giscard, a conçu cette fameuse Constitution européenne qu’au président du Collège de Bruges qui prépare, chaque année, les plus avancées de nos élites communautaires. Vous comprendrez donc mon désarroi.
Pourtant, d’un côté, cependant, je vous approuve. Pour vivre ensemble, il vaut mieux se comprendre à défaut, c’est vrai, de vraiment s’entendre. Mais, d’un autre côté, je dois bien vous le dire : Monsieur le Premier ministre, vous faites fausse route. Parce que, voyez-vous, la question aujourd’hui, ce n’est déjà plus comment vivre ensemble, mais comment survivre ensemble. Monsieur le Premier ministre, nous en sommes à un moment de la vie des hommes où ils vont devoir choisir de s’unir pour survivre. Demandez-le aux gens de Vanuatu et de Tuvalu qui voient leurs îles disparaître sous leurs pieds : demain, nous aurons plus besoin de nos mains que de nos langues pour combattre ensemble ces calamités climatiques que vos différents gouvernements, entre 1992 et 1999, ont ignorées. Allez-vous continuer à appliquer cette méthode Dehaene à laquelle vous nous avez habitués ? Vous savez bien : celle qui consiste à dire qu’il n’y a pas de problème tant que la question ne se pose pas. Avec une méthode comme celle-là, vous le savez comme moi, Noé n’aurait jamais construit son arche. Nous avons besoin, Monsieur le Premier ministre, que l’on prenne l’avenir au sérieux. Il n’y a pas d’urgence plus urgente que celle de savoir ce que nous allons faire de la terre demain, tandis que vous, aujourd’hui, vous vous occupez de terrains. Vous savez pourtant bien que les cataclysmes bouleversent la vie des hommes et qu’ils les poussent parfois à fuir leur pays pour trouver refuge, vous qui êtes né par un temps d’exode et de débâcle, c’était en 1940, un jour d’août — la guerre, cette calamité, avait poussé vos parents sur les routes — et vous êtes ainsi né à Montpellier, en France, sur une terre qui n’était pas la vôtre et qui ne pratiquait pas votre langue. J’en termine ici, Monsieur le Premier ministre : vous pouvez bien garder vos terrains. Je sais quant à moi que notre avenir, lui, est commun.

NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY, il y a aujourd’hui 4111 jours que Ratko Mladic est libre et vivant.