Lautresite, les billets hebdos de fin 2006
   


 
 



Quant, cette brunette londonienne qui, dans les années soixante, comme le raconte Laurent Voulzy, « a fait son grand carnage, elle a coupé les jupes des filles les plus sages ». On n’a pas expulsé le chef religieux, comme il en avait été question un moment, mais on l’a invité à prendre du repos et puis, pourquoi pas, à voyager un peu pour s’aérer l’esprit. Je conseille à Monsieur Al-Hilali de prendre d’abord un billet pour Rome. A la fin du siècle dernier, c’était en 1999 — une éternité —, une certaine cour italienne avait relaxé un violeur au prétexte que sa victime portait un jean et que, comme chacun le sait, un jean, « ça ne peut être retiré sans la collaboration active de celle qui le porte ». Avec une minijupe, c’eût été un viol. Avec un jean, ça ne pouvait être qu’une relation consentante. Chez les juges catholiques et romains, c’est peu dire qu’il serait bien accueilli, notre mufti. Ensuite, je lui conseillerais un détour par Moscou. Là, ils ont un président comac, un dur, un vrai, un tatoué. S’exprimant récemment sur ce qui arrive à son collègue israélien, Moshé Katsav, suspecté de harcèlements et de viols sur ses collaboratrices, Poutine a dit : «Saluez votre président de notre part! Il s’est avéré un vrai homme! Violer dix femmes! Je n’aurais jamais attendu cela de lui! Il nous a tous surpris!». Et nous, évidemment, nous voilà tous atterrés. Nous voyons ainsi que la modernité n’est pas une affaire de latitudes. Que cette histoire de beaufs machistes et misogynes ne s’encombre pas de frontières religieuses. Musulmans, juifs, catholiques, chrétiens orthodoxes, ils sont nombreux à considérer le viol comme un exploit, à vouloir cloîtrer les femmes, à rallonger les jupes. Notre siècle commence ainsi, avec des intégristes du tissu. Restons certains toutefois que, si les jupes peuvent raccourcir, la liberté, elle, ne se divise pas.

NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY, il y a aujourd’hui 4097 jours que Ratko Mladic est libre et vivant.