Quant, cette brunette londonienne
qui, dans les années soixante, comme le raconte Laurent Voulzy,
« a fait son grand carnage, elle a coupé les jupes des
filles les plus sages ». On n’a pas expulsé le chef
religieux, comme il en avait été question un moment, mais
on l’a invité à prendre du repos et puis, pourquoi
pas, à voyager un peu pour s’aérer l’esprit.
Je conseille à Monsieur Al-Hilali de prendre d’abord un
billet pour Rome. A la fin du siècle dernier, c’était
en 1999 — une éternité —, une certaine cour
italienne avait relaxé un violeur au prétexte que sa victime
portait un jean et que, comme chacun le sait, un jean, « ça
ne peut être retiré sans la collaboration active de celle
qui le porte ». Avec une minijupe, c’eût été
un viol. Avec un jean, ça ne pouvait être qu’une
relation consentante. Chez les juges catholiques et romains, c’est
peu dire qu’il serait bien accueilli, notre mufti. Ensuite, je
lui conseillerais un détour par Moscou. Là, ils ont un
président comac, un dur, un vrai, un tatoué. S’exprimant
récemment sur ce qui arrive à son collègue israélien,
Moshé Katsav, suspecté de harcèlements et de viols
sur ses collaboratrices, Poutine a dit : «Saluez votre président
de notre part! Il s’est avéré un vrai homme! Violer
dix femmes! Je n’aurais jamais attendu cela de lui! Il nous a
tous surpris!». Et nous, évidemment, nous voilà
tous atterrés. Nous voyons ainsi que la modernité n’est
pas une affaire de latitudes. Que cette histoire de beaufs machistes
et misogynes ne s’encombre pas de frontières religieuses.
Musulmans, juifs, catholiques, chrétiens orthodoxes, ils sont
nombreux à considérer le viol comme un exploit, à
vouloir cloîtrer les femmes, à rallonger les jupes. Notre
siècle commence ainsi, avec des intégristes du tissu.
Restons certains toutefois que, si les jupes peuvent raccourcir, la
liberté, elle, ne se divise pas.
NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY,
il y a aujourd’hui 4097 jours que Ratko Mladic
est libre et vivant.