On n’y pense plus assez dans
nos temps sécuritaires, mais mettre un homme en prison est toujours
le signe d’un échec.
Et j’ai eu le sentiment, c’est vrai, d’avoir, moi
aussi, été condamné de façon préventive
à suivre ces reportages et à me rendre complice de ce
qu’ils nous montraient. Car vraiment, que reste-t-il de la présomption
d’innocence quand la détention est préventive et
les médias proactifs ?
Ça, voyez-vous, ce sont les images que l’on montre. De
l’autre côté, il y a celles qu’on ne voit pas.
La semaine dernière, des associations rendaient public leur rapport
sur les centres fermés, là où l’on enferme
des étrangers en situation illégale. Ces centres fermés
sont des prisons qui ne disent pas leur nom. Plus exactement, le centre
fermé est à la prison ce que la technicienne de surface
est à la femme de charge, un mot poli pour en cacher un gros.
Il y avait, en 2005, plus de 8.000 personnes dans ces centres, à
Vottem, à Bruges, au 127 bis… quand, dans nos prisons,
il y a environ 9.500 personnes — dont la moitié en préventive
— et l’on sait que c’est trop, les gardiens aussi,
qui sont partis en grève pour le dire. Dans ces centres fermés,
la détention n’est pas préventive, elle est juste
anticipative d’une expulsion. Le rapport est accablant. L’opacité
est totale. Le traitement souvent dégradant. Le suivi presque
inexistant. Dans ces centres, se cachent des enfants. Environ 350, l’an
dernier. Ce ne sont pas des enfants disparus, mais des enfants qui vont
disparaître. Et ces enfants là, pas plus que leurs images,
on ne les montre ni ne les voit.
NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY,
il y a aujourd’hui 4090 jours que Ratko Mladic
est libre et vivant.