Ce matin, cependant, on aurait
bien dit que les armées de caméras et les forêts
de stylos avaient reflué. Une fois le scrutin scruté,
une fois la dépouille du vote étalée sur la table,
on aurait bien dit que la presse étrangère était
partie la queue basse, vaguement déçue de ce pays sans
montagne qui avait accouché d’une souris.
Les Anversois, c’est vrai, ont déjoué, comme on
dit en football. On dirait bien qu’Anvers a entamé avec
le Vlaams Belang — si vous êtes journaliste étranger
prononcez Vlaams Bélang —, on dirait bien, donc, qu’Anvers
a entamé avec le Belang, une guerre psychologique. Ce n’est
pas gagné, mais ça avance. On dirait bien aussi que l’extrême
droite, en Wallonie, a fait profiter la démocratie de ses divisions
et de ses incuries. Bien sûr que ni le Belang ni tous les fronts
ou toutes les forces “national” n’ont disparu, bien
sûr que leurs scores sont insupportables. Mais c’est devenu
une telle banalité en Europe aujourd’hui, l’extrême
droite. L’étonnant, ce n’est pas qu’il y en
ait, c’est qu’il n’y en ait pas. Alors, alors, qu’est-ce
qu’il restait à voir ? Ici et là, quelques tragédies
grecques avec des acteurs insuffisamment connus pour fournir matière
à papier. Nos reporters ont donc plié leur bagage, frustrés
qu’aucune pétarade ou aucune explosion n’ait troublé
leur voyage. C’était mal entendre. La détonation,
elle s’est produite à Moscou, samedi, dix balles pour Anna
Politkowskaia, cette journaliste libre, belle et rebelle. L’explosion,
elle s’est produite cette nuit en Corée du Nord : un monstre
nucléaire a remué la terre. Car soyons-en sûrs,
pendant les élections, avec ou sans micros, le malheur continue.
NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY,
il y a aujourd’hui 4076 jours que Ratko Mladic
est libre et vivant.