Mais, dites-moi, des 581 tonnes
de phénol, de mercaptan ou de soude caustique déversées
en Côte d’Ivoire et des 26.000 immigrants débarqués
sur les côtes de l’Espagne, qu’est-ce qui est le plus
toxique ? Je veux dire, le plus toxique pour l’idée que
nous nous faisons de l’homme ? On voit ainsi s’avancer une
sorte d’économie qui va toute seule tandis que recule l’idée
de l’autre, celui qui n’est pas nous, justement, et qui,
pour cette raison, n’est même plus un homme. D’Italie,
nous vient ces jours-ci cette affaire affolante d’esclaves mis
au travail pour la récolte de la tomate du côté
de Foggia, dans les Pouilles. Je vous dis esclaves, vous pensez Africains
? Non, ils sont Polonais, donc communautaires, ces gens aguichés
par des petites annonces, venant travailler dans la Botte et contraints
de prester seize heures par jour, travaillant sans contrat pour peut-être
5 euros de l’heure et obligés de payer transport, nourriture
et logement. Tu es malade ? Tu me dois 20 euros. Et les coups, les violences,
la schlague. On suspecte des meurtres. On cherche encore la trace de
119 Polonais disparus dans ce qu’on appelle le ”triangle
de la tomate”. Cela s’appelle des camps de travail et c’est
en Europe et c’est aujourd’hui. Nous devons annoncer, en
ce lundi 25 septembre 2006, l’absolue disparition de l’Autre.
Vu comme ça, je me dis qu’on pourrait tout de même
faire quelque chose pour ces Iraniens qui se sont cousus la bouche,
vendredi dernier, à Etterbeek.
NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY,
il y a aujourd’hui 4062 jours que Ratko Mladic
est libre et vivant.