Lautresite, le jour, les billets de juin 2006
   


 
 


# Le mardi 6 juin, Nicolas Sarkozy, prenant acte de la vaste mobilisation des parents et des professeurs pour les familles d’illégaux risquant l’expulsion au terme de l’année scolaire promettait de régulariser les familles dont "l'enfant est né en France ou est arrivé en très bas âge, est scolarisé en France, ne parle pas la langue de son pays et n'a donc aucun lien avec ce pays".
# Le 6 juin encore, Kofi Annan, Secrétaire général des Nations-unies, déclarait dans le discours introductif à la présentation d’un rapport sur les migrations que les flux migratoires étaient un vecteur de développement, insistant sur le fait que, chaque année, environ 167 milliards de dollars étaient envoyés, dans leur pays d’origine, par des migrants résidant à l’étranger.
Chabar, 6 ans, et Jonas, 3 ans, devaient sans doute parler le kurde pour chercher à s’insérer, eux que la police est venue chercher avant-hier dans leur classe (nouvelles images, nouvelles lectures, une sorte d’horreur prospective, au revoir les enfants) d’une école de la ville du Mans, le fief de François Fillon, si je me souviens bien. Il faudra retenir les noms de ceux qui viennent chercher “les petits aussi”. Parce que cela doit être quelque chose : on n’imagine pas que cela se passe autrement qu’avec un gendarme, sortant de l’école, tenant la main de l’enfant, devrait-on dire, sa menotte ? Les réseaux de parents et de professeurs qui ont décidé de passer outre les obligations légales pour cacher les enfants — cela se fait partout en France aujourd’hui — continuent de lire l’histoire en miroir, sans doute seront-ils les Justes de demain quand nous avons, au Parquet et dans les ministères, de petits Maurice et de petits Louis-Ferdinand ; il ne faut pas avoir peur de l’emphase ici, il faut clamer encore que notre besoin de résignation est décidément insatiable, il faut dire toujours que nous allons encore une fois nous coucher devant le petit bruit de l’œuf dur. Voici un autre son. Le Sénat, hier, a décidé d’instaurer un compte-épargne spécial pour les immigrés souhaitant créer ou soutenir des projets économiques dans leur pays d’origine. Entre 2 et 8 milliards d’euros transiteraient ainsi de France vers ailleurs chaque année. Ce compte-épargne bloquerait ces sommes et donnerait droit à des réductions d’impôts. L’argent ne serait recouvré qu’à la condition que “l”épargnant justifie d’un investissement dans les pays en voie de développement”. A la condition. Tout ce qui est étranger en France aujourd’hui est conditionnel. Un circuit économique que Kofi Annan saluait encore avant-hier à l’ONU se voit ainsi, en quelque sorte, nationalisé. Après la mobilité, c’est la flexibilité qu’on assassine…

NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY, il y a aujourd’hui 3968 jours que Ratko Mladic est libre et vivant.

NB 2. Depuis sa mise en liberté pour raisons médicales et humanitaires, il y a aujourd'hui 1358 jours que Maurice Papon est libre et vivant.