lautresite, les billets quotidiens du mois de mai 2006
   


 
 








# Pour la première fois, la France commémorait hier, le 10 mai 2006, l’abolition de l’esclavage du 23 mai 1848. Depuis l’adoption de la “loi Taubira” en mai 2001, l’esclavage est désormais considéré comme un “crime contre l’humanité”.

# Voir les positions défendues par “Liberté pour l’Histoire” sur le site du Nouvel Observateur:
La part du complexe et celle du perplexe, dans l’histoire des peuples et des gens, est l’une de ces urgences auxquelles nous sommes chevillés : les histoires et les mémoires nationales continuent de hanter nos intimités et nous empêchent d’imaginer encore ces formes du “vivre ensemble” que les politiques de tous les pays ont l’air, ces jours-ci, de revendiquer. Ici, on le rappelait encore il y a peu, l’on n’a pas hésité, à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire du royaume à aller rechercher à Jérusalem une réputée épée de Godefroid de Bouillon — héros local probablement volé au voisin, pourfendeur de juifs, de Turcs et d’Arabes tout de même, premier pogromiste — travestissant, dans le même mouvement, le temps féodal en temps fédéral parce que Godefroid de Bouillon n’était évidemment pas belge, ça lui eût été impossible, le pays ayant été fondé huit siècles après sa mort. C’est à peu près à la même relecture de l’histoire que s’étaient appliqués les Serbes avec le fameux champ des Merles de 1389, cette bataille du Kosovo tenue elle aussi pour un fait national quand elle devait tout aux divisions et aux alliances féodales car nous étions alors au moyen-Age, mais les nationalismes sont fort peu soucieux des anachronismes. Un historien sait cela et le dit. Mais sa parole — parce qu’elle n’est normée que par l’Université, les publications et les débats collégiaux — échappe au droit. Et le grand mouvement récent des historiens français visant à extraire les actes historiques des cadres juridiques, voire judiciaires, s’il garantit la liberté scientifique de l’investigation et de la recherche ouvre également la porte à une multitude de réinterprétations que les génocidaires hutus ont bien compris, ces jours-ci, dans les rues de Bruxelles et que Peter Handke, adossé à la mort muette de Milosevic, utilise sans trop de fard ni de précaution. Si tout le monde, donc, peut dire ce qu’il a envie, on ne voit pas très bien pourquoi on s’offusquerait que d’autres gens, dans le même temps, n’aient pas envie de le leur laisser dire. C’est toute “l’histoire Bozonnet”. Dont on peut croire qu’elle n’est que l’une des toutes premières affaires d’une époque où les livres d’histoire et les journaux ressemblent de plus en plus à des palimpsestes.

NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY, il y a aujourd’hui 3942 jours que Ratko Mladic est libre et vivant.