lautresite, les billets quotidiens du mois de mai 2006
   


 
 












# Le 3 mai vers 22 heures, les autorités communales de Saint-Gilles (Bruxelles) décident, après avoir reçu l’avis de médecins, de procéder à l’expulsion de sans papiers algériens menant une grève de la faim et de la soif dans une habitation privée proche de l’Hôtel de Ville.
(...) le jeune homme jeté à terre, la foule se déplaçant à sa suite et les policiers profitant évidemment du répit pour embarquer dans l’ambulance un autre gréviste, les portes se fermant, le véhicule démarrant et la tension tombant d’un coup, on comprit alors que l’on avait vidé la maison entière. Les quelques personnes qui avaient, depuis quelques jours, mené la grève de la soif par procuration étaient très déçues. Elles auraient bien vu tout cela se terminer par une belle mort algérienne et ç’aurait été alors comme disait le Monsieur à lunettes “historique”. Sinon, les autres, ceux qui étaient là tous les jours aux côtés des grévistes, ils préféraient généralement la civière au cercueil et l’ambulance au corbillard. Et nous là-dedans, au milieu, nous étions à vrai dire soulagés et mitoyens, à la fois du côté des grévistes et en même temps du côté de la police, parce que évidemment, si l’on ne peut pas se faire à cette violence terrible que l’on s’inflige, l’on ne se fait pas non plus à cette sorte d’indifférence condescendante qui empêche la parole de contrarier la violence. Et, en vérité, si nous étions contents de voir démarrer les ambulances, nous craignions aussi qu’elles ne mènent aussi directement au tarmac de Bruxelles-National car nous n’avons pas en ces matières une confiance immodérée en notre État : le temps de cligner de l’œil, il s’est déjà passé quelque chose. Nous avons ici un pays qu’il nous faut surveiller constamment. Une Constitution wallonne sera ainsi présentée aujourd’hui tandis que les noms de villes flamandes ne pourront désormais plus figurer en français sur les poteaux indicateurs. C’est pour ce pays bizarre et inquiet que des gens étaient prêts, ces derniers jours, à risquer leur vie et que d’autres continuent d’investir des lieux publics, dix-neuf à ce jour si j’ai bien compté. Aux nouvelles de cette fin de matinée, les sans papiers auraient quitté l’hôpital et seraient revenus à Saint-Gilles, dans le même lieu, pour la même grève. Nous voilà rassurés. Et nous revoilà inquiets.

NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY, il y a aujourd’hui 3935 jours que Ratko Mladic est libre et vivant.