# Le 3 mai vers
22 heures, les autorités communales de Saint-Gilles (Bruxelles)
décident, après avoir reçu l’avis de médecins,
de procéder à l’expulsion de sans papiers algériens
menant une grève de la faim et de la soif dans une habitation
privée proche de l’Hôtel de Ville.
|
(...) le jeune homme jeté
à terre, la foule se déplaçant à sa suite
et les policiers profitant évidemment du répit pour embarquer
dans l’ambulance un autre gréviste, les portes se fermant,
le véhicule démarrant et la tension tombant d’un
coup, on comprit alors que l’on avait vidé la maison entière.
Les quelques personnes qui avaient, depuis quelques jours, mené
la grève de la soif par procuration étaient très
déçues. Elles auraient bien vu tout cela se terminer par
une belle mort algérienne et ç’aurait été
alors comme disait le Monsieur à lunettes “historique”.
Sinon, les autres, ceux qui étaient là tous les jours
aux côtés des grévistes, ils préféraient
généralement la civière au cercueil et l’ambulance
au corbillard. Et nous là-dedans, au milieu, nous étions
à vrai dire soulagés et mitoyens, à la fois du
côté des grévistes et en même temps du côté
de la police, parce que évidemment, si l’on ne peut pas
se faire à cette violence terrible que l’on s’inflige,
l’on ne se fait pas non plus à cette sorte d’indifférence
condescendante qui empêche la parole de contrarier la violence.
Et, en vérité, si nous étions contents de voir
démarrer les ambulances, nous craignions aussi qu’elles
ne mènent aussi directement au tarmac de Bruxelles-National car
nous n’avons pas en ces matières une confiance immodérée
en notre État : le temps de cligner de l’œil, il s’est
déjà passé quelque chose. Nous avons ici un pays
qu’il nous faut surveiller constamment. Une Constitution wallonne
sera ainsi présentée aujourd’hui tandis que les
noms de villes flamandes ne pourront désormais plus figurer en
français sur les poteaux indicateurs. C’est pour ce pays
bizarre et inquiet que des gens étaient prêts, ces derniers
jours, à risquer leur vie et que d’autres continuent d’investir
des lieux publics, dix-neuf à ce jour si j’ai bien compté.
Aux nouvelles de cette fin de matinée, les sans papiers auraient
quitté l’hôpital et seraient revenus à Saint-Gilles,
dans le même lieu, pour la même grève. Nous voilà
rassurés. Et nous revoilà inquiets.
NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY,
il y a aujourd’hui 3935 jours que Ratko Mladic est libre et vivant.
|
|