lautresite, les billets quotidiens du mois de mai 2006
   


 
 

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En ce jour du jeudi 4 mai 2006.
Il faut savoir terminer une grève de la soif. J’y pensais hier en me dirigeant vers ce local associatif saint-gillois où une dizaine d’Algériens sans papiers menaient depuis vingt-sept jours une grève de la faim, additionnée d’une grève de la soif, arrêtée vendredi et reprise mardi. Nous étions hier à 70 années de la victoire législative du Front populaire — et à combien de jours de l’affaire Clearstream ? — et sans doute était-ce pour cela que j’avais dans la tête la petite phrase de Maurice Thorez : il faut, parfois, en effet, savoir terminer une grève. C’est en tout cas ce que la bourgmestre de Saint-Gilles, saisie sur avis médical, avait décidé hier soir et c’est ainsi que vers vingt-trois heures, nous nous déplaçâmes à quelques rues d’ici : à Bruxelles rien n’est jamais très loin. Le spectacle, à vrai dire, était assez piteux. Une escouade de la police locale — masque sur la bouche, bras de chemise, jeans pour les civils, veston tombé pour les autres, nous étions hier à la première soirée de printemps identifiée — encadrait la porte de l’immeuble, une trentaine de personnes sifflant tout autour, les ambulanciers emmenant les grévistes un à un, les grévistes tentant d’échapper aux liens de leur civière en hurlant et se débattant, un jeune homme aspergeant alors d’eau claire ou de bière, on n’a pas bien vu, l’uniforme le plus proche et une échaufourrée s’ensuivant, (...)