lautresite, les billets quotidiens du mois de mai 2006
   


 
 









# Demain jeudi 4 mai, lors de la conférence de presse de présentation de la saison prochaine, l’administrateur délégué de la Comédie-Française devrait confirmer sa décision de retirer de la programmation la pièce de Peter Handke “Voyage au pays sonore ou l’art de la question”, montée par Bruno Bayen.

# Voyez les réactions sur le site de Pierre Assouline
Car, bon, il semble bien que la France culturelle, qui n’oublie pas que l’un de ses écrivains majeurs fut une crapule humaine, aime à assumer totalement ce distinguo entre l’homme et son œuvre et l’on nous y répète à l’envi, sur ce blog, la vieille antienne comme quoi, en toute chose, il s’agit de dissocier l’écrivain de ses écrits et ses écrits de ses actes : “Les positions de Peter Handke en faveur des nationalistes serbes sont connues. Cela n'enlève rien à l'intérêt de ses œuvres “dit l’une ces blogueuses. « À Vichy aussi, il y avait des collaborateurs sympathiques” aurait ponctué mon vieux camarade Jo Dekmine, autre homme de théâtre. Que la Comédie-Française ne joue finalement pas Handke n’est pour nous pas un drame. Qu’elle ait pensé le faire est plus questionnable. Parce que, Milosevic bien vivant à La Haye, Handke se serait retrouvé fissa au Vieux-Colombier. Qu’une institution culturelle fasse des choix culturels, cela ne semble pas discutable. Qu’elle eût dû les faire en amont ne l’est pas plus. Parce que le Handke de “Un voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina” en 1996 et de “Autour du Grand Tribunal” en 2002 était tout de même le même Handke que celui de Pozarevac en 2006. Pour s’en convaincre, Marcel Bozonnet, plutôt qu’à une brève du Nouvel Obs’, aurait dû s’en référer au beau livre de Yves Laplace “Considérations salutaires sur le désastre de Srebrenica” écrit en 1997 ou à celui de Louise L. Lambrichs “Nous ne verrons jamais Vukovar” publié en 2005. Tous les deux y parlent de l’écrivain Handke, marcheur de rivières mortes et arpenteur de terres brûlées, qui fit tant honte à ceux qui, de fait, aimèrent ses livres et son théâtre et pour qui son engagement aux côtés de Milosevic fut un déchirement. On veut aujourd’hui nous dire que la “censure” de la pièce de Handke est l’œuvre de “bien-pensants”et de “politiquement corrects”. En fait, on nous raconte toujours la même histoire. On continue de pisser sur les charniers de Srebrenica.

NB. Depuis la publication de son mandat d’arrêt par le TPIY, il y a aujourd’hui 3934 jours que Ratko Mladic est libre et vivant.