lautresite, les billets quotidiens du mois d'avril 2006
   


 
 













# Lundi 24 avril, la police annonçait l’arrestation du complice du meurtier présumé de Joe Van Holsbeek, un jeune Polonais de seize ans et demi en situation irrégulière en Belgique et scolarisé à Anderlecht. Son compagnon —qui ne serait que de passage en Belgique — est en fuite. On le suppose retourné en Pologne.
On dira alors que le racisme va simplement se déplacer un peu et si l’on imagine que l’on respire mieux aujourd’hui à Schaerbeek ou à Molenbeek, dans ces quartiers victimes d’une confusion elle aussi assez criminelle, il faudra bien que l’on s’explique rapidement ce fourvoiement car enfin, entre le “beau type caucasien” et le “beau type arabe” — tels qu’on les annotait naguère dans les atlas et les encyclopédies — il ne peut y avoir photo pour qui vit dans une ville multiculturelle et entend tous les jours toutes les langues de la planète. À l’agenda du politique, il faudra donc ajouter une nécessaire réconciliation avec une communauté stigmatisée et bien vite déclarée coupable dans les bistrots (et dans la presse flamande, par ailleurs) ainsi qu’on le disait hier. On imagine cependant qu’on n’aura pas là d’excuses à présenter et l’on loue une fois encore la grande intelligence des parents van Holsbeek qui n’ont, dans leur malheur, voulu flêtrir personne. Mais en vérité, parce que nous sortons d’une discussion avec Michel Gheude, acceptons donc cette idée que nous avons créé un vrai lumpen prolétariat et que la nationalité et l’origine des personnes devraient fort peu importer : les classes sociales signalent ici leur retour tonitruant, c’est à la fois une fort bonne et une fort mauvaise nouvelle. Même s’il est déjà certain que l’essence doublement étrangère du meurtrier (nons seulement Polonais mais Polonais de l’extérieur ; rappelons-nous cependant que l’immigration polonaise est l’une des plus anciennes et l’une des moins visibles qu’ait connue la Belgique) permettra de considérer, à peu de frais, que tout cela, finalement est très sain : personne de chez nous n’aura donc fauté, la police a montré son efficacité, les parents leur dignité, les gens leur solidarité, les immigrés leur virginité, le gouvernement sa discrétion. Avec cela, il est toujours possible de faire un pays. Il n’est pas certain cependant qu’avec cette intrusion du lumpen cela convainque totalement que l’on puisse, ainsi qu’on le lit aujourd’hui aux manchettes des journaux, vivre ensemble. Nous pensions n’avoir qu’un problème. Et, tout à coup, ils sont plusieurs.