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Cette dignité,
il faudra un jour faire un sort à cette morgue, accompagne
désormais les meurtres qui balisent notre temps. Aussi loin que
je me souvienne, Julos Beaucarne fut le premier dans sa “Lettre
à Loulou” — sa compagne, elle aussi poignardée,
neuf coups, un jour de février 1975 — à imposer
cette réserve et à récuser le lynchage. On dirait
bien, depuis, que le sort choisit toujours des gens — Loubna Benaïssa,
Gino et Carine Russo, Guy et Françoise van Holsbeek,… —
dont les mots et les valeurs traduisent une sorte de culture de la perte
ou d’assuétude au deuil permettant la reddition honorable
du drame privé à la sphère publique — Michel
Sardou, autre chanteur, en 1976 : Tu as volé mon enfant.
Versé le sang de mon sang. Aucun Dieu ne m'apaisera. J'aurai
ta peau. Tu périras. — et l’on ne peut s’empêcher,
dans ces circonstances, de se féliciter tout de même que
le filet social, dans ce pays, soit toujours convenablement maillé
et que ses mailles soient encore suffisamment serrées. Les victimes
dont aujourd’hui la parole est publique ne lancent aucune meute
et ne fourbissent aucune arme. Comme le soulignait Hugues le Paige dans
sa chronique radio, jeudi dernier, ce que réclament aujourd’hui
les amis de classe — dit-on encore condisciples ? — de Joe
Van Holsbeek c’est de la sécurité, du dialogue et
une société plus juste. Ces mots-là figurent sur
la pétition qu’ils font signer partout depuis dix jours.
Curieusement, ce sont aussi les mots qui ont accompagné la crise
du CPE, en France. Ce qui est en cause dans la mort violente de Joe
van Holsbeek, c’est le racket, la rapine, le dépouillage
(voir déjà notre chronique de mardi 18 avril). (...)
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