lautresite, les billets quotidiens du mois d'avril 2006
   


 
 






Cette dignité, il faudra un jour faire un sort à cette morgue, accompagne désormais les meurtres qui balisent notre temps. Aussi loin que je me souvienne, Julos Beaucarne fut le premier dans sa “Lettre à Loulou” — sa compagne, elle aussi poignardée, neuf coups, un jour de février 1975 — à imposer cette réserve et à récuser le lynchage. On dirait bien, depuis, que le sort choisit toujours des gens — Loubna Benaïssa, Gino et Carine Russo, Guy et Françoise van Holsbeek,… — dont les mots et les valeurs traduisent une sorte de culture de la perte ou d’assuétude au deuil permettant la reddition honorable du drame privé à la sphère publique — Michel Sardou, autre chanteur, en 1976 : Tu as volé mon enfant. Versé le sang de mon sang. Aucun Dieu ne m'apaisera. J'aurai ta peau. Tu périras. — et l’on ne peut s’empêcher, dans ces circonstances, de se féliciter tout de même que le filet social, dans ce pays, soit toujours convenablement maillé et que ses mailles soient encore suffisamment serrées. Les victimes dont aujourd’hui la parole est publique ne lancent aucune meute et ne fourbissent aucune arme. Comme le soulignait Hugues le Paige dans sa chronique radio, jeudi dernier, ce que réclament aujourd’hui les amis de classe — dit-on encore condisciples ? — de Joe Van Holsbeek c’est de la sécurité, du dialogue et une société plus juste. Ces mots-là figurent sur la pétition qu’ils font signer partout depuis dix jours. Curieusement, ce sont aussi les mots qui ont accompagné la crise du CPE, en France. Ce qui est en cause dans la mort violente de Joe van Holsbeek, c’est le racket, la rapine, le dépouillage (voir déjà notre chronique de mardi 18 avril). (...)