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En ce jour du lundi 24 avril 2006.
On quitte ce week-end avec le sentiment que ce que la Belgique réussit
le mieux, finalement, ce sont les enterrements. Ce sont paradoxalement
les derniers endroits, dans ce pays, où va se réfugier
le vivre ensemble. On a vu cela déjà avec toutes les terres
retournées des enfants cachés des années 90. On
voit cela cette fois aussi avec Joe van Holsbeek {et l’on se dit
qu’il y a décidément beaucoup de jeunes gens qui
se perdent dans le triangle belge}. Que faisaient-ils, les 80.000 marcheurs
d’hier, sinon suivre un enterrement sans cercueil ? Comme lors
de la Marche blanche — dix ans presque exactement — l’on
défila effectivement en silence, sans drapeau ni calicot, ainsi
qu’une foule suivant un convoi funéraire avec juste, de
temps en temps, ces beaux applaudissements qui nous viennent de l’Espagne
— l’on se tait sans doute aux obsèques mais on y
applaudit dorénavant énormément, ces applaudissements
veulent dire que le mort est présent. Ces silences qui
défilent sont évidemment cacophoniques. Car on n’oserait
pas, dans ces circonstances, libérer la parole : les tables de
café et les blogs bruissent d’appels au meurtre, on se
verrait bien ratonner en banlieue, on a plein de petits noms jolis pour
ces bronzés, on est parfaitement prêts à dégoupiller.
Dés lors, puisque seul le silence fait lien, l’on se tourne
vers la seule parole qui s’autorise, celle des proches et des
parents. Il n’est pas un éditorial qui n’ait souligné
la “formidable dignité” des parents. (...)
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