lautresite, les billets quotidiens du mois d'avril 2006
   


 
 











# Le mercredi 13 avril, dans le hall de la gare centrale de Bruxelles, Joe van Holsbeek, lycéen de 17 ans, est tué de cinq coups de couteau par un jeune Maghrébin, toujours en fuite, désirant lui voler son lecteur MP3.
Quelques heures seulement après l’assassinat du jeune Joe, un autre adolescent, prénommé Julien, dans une autre partie de la Belgique, toujours pour un lecteur MP3, était battu à coup de barre de fer et de clé anglaise, on ne le tua cependant pas et l’on s’enfuit au premier sang (le premier sang, dans les drames romantiques, signe la fin du combat singulier) après avoir sacrifié un moment au processus d’imitation : nous avions déjà vu cela pour les profanations de sépultures en 2004, nous le repérons ici également, la malveillance et l’horreur sont rapidement clonables. Lorsque la répétition entraîne l’engrenage et que l’engrenage l’emporte sur l’entrave, on voit les tabous qui se lèvent et alors viennent les rackets, les rapines, les dépouillages, on se concentre sur le signe extérieur de richesse — et l’on sait avec Youssouf Fofana qu’être juif est en soi un signe extérieur de richesse — et l’on descend sur la Gare centrale comme sur les manifestations du CPE : “Il y a de l’argent qui rentre” disaient les bandes s’apprêtant à fondre sur les étudiants voyant, dans les rames de métro, arriver les passagers. Ainsi la prédation s’enracine-t-elle dans une disqualification et une déshumanisation (nous connaissons bien ce processus, nous l’avons rencontré encore récemment en Bosnie et au Rwanda) qui permettent, au final, de commettre le double délit d’homicide et de crime raciste. Et il y a quelque chose de touchant à voir la famille de Joe van Hoolsbeek et ses amis de classe récuser toute forme de récupération xénophobe de l’événement. Le proviseur de l’école que fréquentait le jeune Joe disait à peu près ce matin qu’il fallait savoir nommer le mal lorsqu’on le rencontre. Les parents du jeune homme — qui, dans les journaux, a déjà perdu son nom de famille, il est désormais le Joe de tout le monde — se refusent à donner une couleur à ce mal. C’est leur honneur. Mais pour que nous prenions toute la mesure de ce qui s’est passé, il va nous falloir admettre que Joe a bel et bien été tué pour ce qu’il était : un jeune homme de 17 ans, à la tignasse bouclée, assis dans le hall de la gare centrale, écoutant son lecteur MP3. Et que ça, comment qu’on le prenne, ça s’appelle du racisme.