# Le mercredi 13
avril, dans le hall de la gare centrale de Bruxelles, Joe van Holsbeek,
lycéen de 17 ans, est tué de cinq coups de couteau par
un jeune Maghrébin, toujours en fuite, désirant lui voler
son lecteur MP3.
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Quelques heures seulement après
l’assassinat du jeune Joe, un autre adolescent, prénommé
Julien, dans une autre partie de la Belgique, toujours pour un lecteur
MP3, était battu à coup de barre de fer et de clé
anglaise, on ne le tua cependant pas et l’on s’enfuit au
premier sang (le premier sang, dans les drames romantiques, signe la
fin du combat singulier) après avoir sacrifié un moment
au processus d’imitation : nous avions déjà vu cela
pour les profanations de sépultures en 2004, nous le repérons
ici également, la malveillance et l’horreur sont rapidement
clonables. Lorsque la répétition entraîne l’engrenage
et que l’engrenage l’emporte sur l’entrave, on voit
les tabous qui se lèvent et alors viennent les rackets, les rapines,
les dépouillages, on se concentre sur le signe extérieur
de richesse — et l’on sait avec Youssouf Fofana qu’être
juif est en soi un signe extérieur de richesse — et l’on
descend sur la Gare centrale comme sur les manifestations du CPE : “Il
y a de l’argent qui rentre” disaient les bandes s’apprêtant
à fondre sur les étudiants voyant, dans les rames de métro,
arriver les passagers. Ainsi la prédation s’enracine-t-elle
dans une disqualification et une déshumanisation (nous connaissons
bien ce processus, nous l’avons rencontré encore récemment
en Bosnie et au Rwanda) qui permettent, au final, de commettre le double
délit d’homicide et de crime raciste. Et il y a quelque
chose de touchant à voir la famille de Joe van Hoolsbeek et ses
amis de classe récuser toute forme de récupération
xénophobe de l’événement. Le proviseur de
l’école que fréquentait le jeune Joe disait à
peu près ce matin qu’il fallait savoir nommer le mal lorsqu’on
le rencontre. Les parents du jeune homme — qui, dans les journaux,
a déjà perdu son nom de famille, il est désormais
le Joe de tout le monde — se refusent à donner une couleur
à ce mal. C’est leur honneur. Mais pour que nous prenions
toute la mesure de ce qui s’est passé, il va nous falloir
admettre que Joe a bel et bien été tué pour ce
qu’il était : un jeune homme de 17 ans, à la tignasse
bouclée, assis dans le hall de la gare centrale, écoutant
son lecteur MP3. Et que ça, comment qu’on le prenne, ça
s’appelle du racisme.
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