lautresite, les billets quotidiens du mois d'avril 2006
   


 
 

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En ce jour du lundi 10 avril 2006.
Il n’y a eu aucun génocide au Rwanda en 1994, mais une guerre civile, tout le monde a tué tout le monde, les responsabilités sont partagées et égales, ce fut horrible sans doute, mais à tête coupée on ne regarde pas la machette. Les Hutus de Bruxelles qui s’en vont seriner ce langage entendent faire rendre gorge au génocide et couper celle de ceux qui n’en seraient pas d’accord. L’on a bien entendu les menaces et l’on a pu voir, en début de week-end, dans nos rues, “du négationisme en temps réel”, enfin, juste un peu décalé, une dizaine d’années, le temps historique se raccourcit, on n’a plus vu ce qu’on a vu, et les pages de Jean Hatzfeld s’effacent devant celles que vient d’écrire Pierre Péan, dix ans c’est une paille, cela n’a même aucune importance, dix ans, puisque le lendemain même on avait déjà oublié — Véronique Nahoum-Grappe notait qu’il n’avait pas fallu longtemps non plus pour que, dans les conversations quotidiennes, Saraievo redevienne Sarajévo, c’est un nom que l’on n’a plus dans l’oreille, il n’y a pas que la vision qui estompe et travestisse, l’ouïe aussi fait le boulot, et qui, d’ailleurs, ici même, va nous donner sans sourciller le nom de la capitale du Rwanda, je vous le demande, nous vivons dans un monde où tout s’estompe, les faits comme les normes, les gens comme les noms.(...)