# Gilles Martinet
(1916-2006) entre en Résistance à partir de 1941 en participant,
notamment, à la mise sur pied de journaux clandestins. Dès
1944, il prend la tête de ce qui deviendra l’Agence France
Presse avant de créer, avec Claude Bourdet et Roger Stéphane,
“L’Observateur”, ancêtre du “Nouvel Observateur”
où il restera actif jusqu’en 1985. Co-fondateur du PSU,
il rejoint le PS en 1972, est élu député européen
en 1979 et devient ambassadeur de France en Italie de 1981 à
1984. Il fait partie, en 1988, du cabinet du Premier ministre Michel
Rocard.
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Du temps qu’il était au Cabinet de Michel Rocard, alors
Premier ministre, en 1988, il n’avait pas été pour
rien dans le lancement français de cette Opération Villages
Roumains —une idée que nous avions menée, notre
contribution à l’anti-totalitarisme — dans laquelle
il avait dû reconnaître un de ses combats. Plus tard, bien
plus tard, quand nous nous sommes vus, il n’a été
question que de réseaux, de comment on les crèe, comment
on les développe, comment on les ferme. J’ai eu le sentiment
d’un passage, d’un message, peut-être d’un testament.
Et je n’ai pas compris tout de suite pourquoi, de tout ce qu’il
pouvait raconter, il avait précisément choisi de parler
de cela : de comment il faut s’y prendre si l’on veut donner
la mort en temps de guerre. Mais, peut-être Gilles sentait-il
venir des temps troubles et ces affaires de réseaux — nous
ne parlions pas de la même chose, nous parlions de la même
chose — ont pris toute la place, il faut savoir aussi comment
cloisonner et rendre étanche, n’est-ce pas, nous étions
dans l’agit-prop, dans le conseil d’ami et quand l’on
croise un itinéraire du siècle, rien à faire, on
l’écoute. Ceci explique pourquoi, entre le bureau du directeur
de l’AFP, la malette du député européen ou
la plume du journaliste au Nouvel Obs, je choisis pour me souvenir de
lui, le revolver de Gilles Martinet.
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