On parlait hier des rêves des jeunes et l’on trouvait petit
le grand monde qui les happe — puisque aussi bien chacun désormais
y cherche son 50m2, guère plus, guère moins — et
l’on se disait qu’une société dont le travail
seul barre l’horizon, une société qui n’a
que l’emploi à proposer à ses enfants, est une bien
pauvre chose. Voilà donc que l’on pense embaucher à
la criée — nous viennent ici des images de ports aux pavés
gras, le matin est humide et jeune, les prolétaires ont les yeux
creusés, le contremaître remplit de croix son carnet du
jour, on embauche, on veut de la main-d’œuvre, on est l’offre,
envoyez la demande ! L’embauche dont il est question dans ce CPE
est antonyme de la débauche. Débaucher, à l’origine,
c’était dégrossir, s’agissant du travail de
charpentier. L’on débauchait ainsi un tronc pour en faire
des poutres. L’embauche figurerait alors le contraire : il s’agirait
de partir de la poutre pour produire de l’arbre. Et l’on
se dit alors que, quoi qu’on en pense, les jeunes de France ont
bel et bien été embauchés. Ils ont, en effet, renversé
la question. On les avait voulu bâtons, les voilà forêts
!