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En ce jour du mardi 28
mars 2006. Nous parlions hier soir des rêves des jeunes,
on les trouvait un peu rabougris — c’est toujours comme
ça quand on passe du droit à la paresse au besoin d’emploi,
quand on va de Paul Lafargue à Alain Minc — et l’on
a même eu quelques mots sur le grand corps malade qu’est
notre voisine France depuis Jean-Marie Le Pen et son deuxième
tour de 2002. Certains verraient bien Villepin décapité
cette semaine, chacun attend surtout que le Conseil constitutionnel
tranche. Il est déjà assez sûr, de toute manière,
que nous entrons là dans une ère de déshonneur.
Le désaveu, qu’il vienne du Palais Royal — c’est
là que l’État a installé son Conseil —
ou de la rue — l’on peut faire, sur le net, le tour de ce
qui, à cette heure, est bloqué, handicapé, interrompu,
retardé, empêché ou entravé — laissera
sous lui un homme pantelant, accroché à ses “négociations”
sans feu ni lieu, un ministre défait qui n’aura plus qu’à
se soumettre ou se démettre et l’on cherche déjà
laquelle de ces issues sera la moins blessante. Palo Alto nous fit,
dans des temps anciens, de longues dissertations sur le “double
bind”, cet enfermement antidialectique, cet assaut de contraintes
contraires qui ne commandent que la retraite et la rase campagne, une
Berezina, quelque chose de très napoléonien, Moscou brûle
sans doute, mais Paris aussi est pris, voyez les Uhlans et les Prussiens,
et n’est-ce pas Louis XVIII et sa Chambre introuvable que l’on
voit poindre déjà par-dessus Montmartre ? (...)
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