Les billets quotidiens de lautresite, mars 2006
   


 
 









Et cela, c’est sans parler des caméras de surveillance — il s’en pose tous les jours — ou des passeports biométriques — de tous neufs se préparent —, toutes choses qui, il y a dix ans encore, nous auraient fait descendre dans la rue, gardiens vétilleux des libertés, procureurs sourcilleux de leurs atteintes. Mais le besoin de sécurité obère désormais le souci de la liberté. Il est vrai que nous avons l’impression d’être agressés de toutes parts — par les oiseaux de passage, par les radicaux islamistes, par les délocalisations, par la menace nucléaire, par les technologies, par un monde économique qui marche tout seul, par un monde politique qui peine à suivre, par la planète elle-même qui donne périodiquement des signaux d’énervement et de lassitude — et qu’il n’y a rien sur quoi nous pensons pouvoir avoir prise. Il y a bien quelques échéances politiques qui se profilent, mais il est douteux que nous y réfugiions notre part de rêve. Voilà mille neuf cents ans, le stoïcien grec Epictète écrivait “Ce qui dépend de nous”, établissant une sorte de catalogue des choses sur lesquelles l’homme peut avoir une influence et de celles qui le dépasse, invitant, dans un même temps, à la modestie ainsi qu’à l’ambition. Un tel livre serait à réécrire, aujourd’hui. On ferait alors le compte des petits choses encore à notre portée et que nous pouvons toucher avant qu’elles ne nous atteignent, une fois qu’elles auront grandi. Comment donc redevenir des êtres de désir plutôt que des gens en besoin ? Je vous donne mon truc. Tous les soirs, au moment du coucher, je me pose cette question : qu’est-ce que j’ai encore accepté aujourd’hui que j’aurais refusé hier ? Je vous assure que ça aide. Ça aide à rester éveillé au moment du sommeil.