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Et cela, c’est sans parler
des caméras de surveillance — il s’en pose tous les
jours — ou des passeports biométriques — de tous
neufs se préparent —, toutes choses qui, il y a dix ans
encore, nous auraient fait descendre dans la rue, gardiens vétilleux
des libertés, procureurs sourcilleux de leurs atteintes. Mais
le besoin de sécurité obère désormais le
souci de la liberté. Il est vrai que nous avons l’impression
d’être agressés de toutes parts — par les oiseaux
de passage, par les radicaux islamistes, par les délocalisations,
par la menace nucléaire, par les technologies, par un monde économique
qui marche tout seul, par un monde politique qui peine à suivre,
par la planète elle-même qui donne périodiquement
des signaux d’énervement et de lassitude — et qu’il
n’y a rien sur quoi nous pensons pouvoir avoir prise. Il y a bien
quelques échéances politiques qui se profilent, mais il
est douteux que nous y réfugiions notre part de rêve. Voilà
mille neuf cents ans, le stoïcien grec Epictète écrivait
“Ce qui dépend de nous”, établissant une sorte
de catalogue des choses sur lesquelles l’homme peut avoir une
influence et de celles qui le dépasse, invitant, dans un même
temps, à la modestie ainsi qu’à l’ambition.
Un tel livre serait à réécrire, aujourd’hui.
On ferait alors le compte des petits choses encore à notre portée
et que nous pouvons toucher avant qu’elles ne nous atteignent,
une fois qu’elles auront grandi. Comment donc redevenir des êtres
de désir plutôt que des gens en besoin ? Je vous donne
mon truc. Tous les soirs, au moment du coucher, je me pose cette question
: qu’est-ce que j’ai encore accepté aujourd’hui
que j’aurais refusé hier ? Je vous assure que ça
aide. Ça aide à rester éveillé au moment
du sommeil.
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