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En ce jour du samedi 12 juin 2004, C’est
la der des ders et en disant cela, nous avons l’impression de repartir
comme en 14. Mais voilà, nous serions plutôt du genre «
crosse en l’air », nous n’avons pas envie de la faire,
la der des ders. Demain, le trivial de la main dans l’urne le disputera
au tragique des résultats, ce sera comme ça et à
moins que cela ne soit le contraire. Nous avons parcouru cette rase campagne,
arpentée vingt-cinq fois et deux mille kilomètres tout de
même. Et ce métier n’était pas le nôtre,
d’aller donner cette poésie politique, mais, partout ailleurs,
il n’y avait personne. Qu’elle était rase cette campagne
en effet. On dirait que là où nous sommes allés,
la campagne n’avait pas passé. Bien sûr, nous en sommes
encore au moment où l’herbe pousse et il nous faudra encore
attendre pour voir le regain. Mais tout de même, nous aurions bien
voulu les voir à l’ouvrage, les laboureurs du politique.
Une autre fois, dans un autre temps, j’avais saisi cette phrase
: « Tenter de s’expliquer pourquoi l’homme a déserté
le champ du politique, pourquoi le politique se satisfait tellement d’en
être l’orphelin ». Cette rase campagne, on aura compris
qu’elle voulait border le champ du politique, on aurait voulu dire
comme on borde un lit et le politique serait alors une rivière,
elle irait au fleuve, le fleuve irait à la mer et nous aurions
alors le pied marin, nous irions à l’abordage, nous mènerions
le bateau, nous ferions des vagues, ce serait beau. Mais là, maintenant,
précisément, nous accostons et quelqu’un sur la plage
a dû oublier les colliers de fleurs et les bracelets de pacotille.
C’est entendu, nous sommes inattendus. Mais là, tandis que
nous parlons, nous captons un message radio. C’est notre héritage
mais ce n’est pas notre testament. Il y a une voix qui grésille
et qui dit : « Il était un homme, une fois, qui n'ayant plus
faim, plus jamais faim, tant il avait dévoré d'héritages,
englouti d'aliments, appauvri son prochain, trouva sa table vide, son
lit désert, sa femme grosse, et la terre mauvaise dans le champ
de son cœur. N'ayant pas de tombeau et se voulant en vie, n'ayant
rien à donner et moins à recevoir, les objets le fuyant,
les bêtes lui mentant, il vola la famine et s'en fit une assiette
qui devint son miroir et sa propre déroute ». Je salue à
la fois ce vieil océan et ce cher René Char. René
Char est né un quatorze juin, on fêtera donc son anniversaire
le lendemain de la veille. Votons René Char.
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