Lautresite, lecture publique, rase campagne 11 juin 2004
   
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En ce jour du vendredi 11 juin 2004, Pensons un peu à Sei Shonagon. C’était une dame d’honneur japonaise. Elle vivait au Palais, nous étions en 991 et elle servait l’impératrice Sadako. Elle avait un chevet et des notes, c’est un livre qui a passé les siècles, on connaît mieux son nom anglais, « The Pillow Book », elle jouait à établir des listes de choses vues ou pensées durant ses journées. De choses détestables, de choses qui font battre le cœur, de choses effrayantes, de choses qui donnent confiance, de choses qui doivent être courtes, toutes sortes de choses. Chose qui fait battre le cœur, par exemple : « Une nuit où l'on attend quelqu'un. Tout à coup, on est surpris par l'averse que le vent jette contre la maison ». Chose détestable, par exemple : « On a eu la folie de faire coucher secrètement un homme dans un endroit où il n'aurait jamais dû venir, et voilà qu'il ronfle ». En ce jour du vendredi 11 juin 2004, imitons Sei Shonagon. Nous allons bien voir. Choses qui apparaissent pendant une campagne électorale : « Les vitrines des commerçants qui se font de plus en plus pluralistes, où l’on voit des affichettes de tous les partis. On se souvient qu’auparavant on disait : « en commerce, on ne fait pas de politique », et l’on remarque qu’aujourd’hui on placarde toutes les opinions, c’est un véritable marché et Olivier qui me dit « C’est peut-être bien cela le clientélisme, après tout ». Choses que l’on ne voit jamais dans les colonnes nécrologiques des journaux : « On ne voit jamais de faire part de décès avec des noms arabes dans les colonnes nécrologiques des journaux de mon pays de bonne humeur et je m’en étonne et pourquoi devrai-je m’en étonner ? ». Choses qui remettent en question : « L’on dit ailleurs que les mains sont les papiers des réfugiés et puis l’on voit qu’en Suède les demandeurs d’asile se brûlent le bout des doigts et l’un d’entre eux dit ceci : "J'ai allumé mes plaques électriques et j'ai attendu qu'elles soient chaudes. J'ai alors placé mes doigts sur elles. Quand mes mains ont été brûlées, je les ai retirées et j'ai mis de l'huile sur elles. J'ai alors remis mes mains sur les plaques et j'ai continué à les brûler". Choses qui attendent les nouveaux parlementaires européens : « On élargit un continent de démocratie, on veut partager et voilà qu’on mesure maintenant que le nombre des députés eurosceptiques va aller s’amplifiant et que les travées européennes seront pleines de gens qui ne veulent pas de l’Europe et puis on se dit que les électeurs qui votent eurosceptique sont finalement les seuls à voter vraiment européens puisque les autres votent pour l’Europe en ne pensant qu’aux enjeux nationaux ». Chose que l’on se dit à la 24ème de Rase campagne : « On se dit qu’en 991, la vie devait être douce à penser aux averses sur les murs, aux oisillons qui pépient, aux chiens qui aboient, et aux hommes qui ronflent ».



































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