Lautresite, lecture publique, rase campagne 5 juin 2004
   
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En ce jour du samedi 5 juin 2004, Tandis que la marche européenne des sans papiers a quitté la Belgique et a passé la frontière de France, on annonce que les manifestants seront nourris et blanchis par la mairie de Lille. Il y a quelques jours, ici même, je disais cela, un étonnement, une incompréhension, déjà un début de colère : cette marche fut interdite sur le territoire de Saint-Gilles, cette jolie petite commune collinaire du sud de Bruxelles dont j’habite un ancien coteau, et là pas de vivres et de couverts mais l’uniforme déjà prêt au cas où la parole échouerait. Cette petite scène de la vie politique était édifiante. Encore et toujours cette surdité dont on a déjà parlé. On croit qu’il suffit de ne pas entendre pour être compris mais on se trompe. On croit qu’accueillir la marche des sans papiers dans sa commune augmente l’insécurité et favorise le vote « protestataire » mais on se gourre. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la Commission européenne. Dans un rapport diffusé récemment et rendu public aujourd’hui même, voilà que l’on révèle que ce qui pousserait l’électeur à voter populiste ou extrême droite, c’est l’insécurité, c’est vrai, mais l’insécurité liée à la "restructuration continuelle des entreprises, aux changements d'organisation du travail et au culte de la compétitivité". « Les gens ont à peine leur mot à dire dans les processus de changement", dit ce rapport étonnant. On n’avait pas entendu cela encore de la Commission et nous n’étions pourtant pas sourds, nous étions à l’écoute, nous étions branchés, mais c’est simplement qu’on ne nous parlait pas et que nous avions peu de mots à entendre sur les processus de changement. Et voilà qu’aujourd’hui, on nous dit cela, qu’il s’agirait « d’évaluer et si nécessaire de suspendre les politiques de libéralisation et de privatisation souvent impulsées par Bruxelles » sauf à encourager le vote extrême. L’insécurité sociale crée aussi son gouffre et ses fractures et, voyez-vous, il n’est pas besoin de vignette pour y être affilié. Le « trou de l’insécu »,pardon, il ressemble vraiment très fort à la fente dans laquelle nous glisserons notre bulletin dans l’urne ou à celle dans laquelle nous insérerons notre carte électronique, dimanche prochain. C’est valable pour les gens de Saint-Gilles comme pour les habitants de Lille. Si on cherchait encore une raison d’être européen, la voilà. Je souhaite au bourgmestre de Saint Gilles et à la maire de Lille un excellent 13 juin. Et d’ici là, laissons passer les sans papiers.



































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