Lautresite, lecture publique, rase campagne 3 juin 2004
   
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En ce jour du jeudi 3 juin 2004, En apercevant Etienne Roda Gil marcher au cœur d’une manifestation parisienne, section libertaires, et chantant l’Internationale — on y revient —, je pensais à ces images vues quelques heures plus tôt, celles de la division Leclerc conquérant la Capitale et dont, disait le commentaire, les chars étaient pilotés par d’anciens Républicains espagnols. Nous percutons comme cela notre actualité. Les Roda Gil, effectivement républicains espagnols, effectivement enfuis, effectivement « recueillis » par la France. Et alors, nous devrons ici rappeler quelques-uns des noms de ces camps de transit qui les enfermèrent d’abord les républicains vaincus, les livrèrent aussi ensuite, une fois les franquistes remplacés par les nazis : Le Vernet, Argelès, Rivesaltes, Gurs, Agde, Septfonds, ça suffit. On peut trouver magnifique, absolument et terriblement magnanime, que des internés deviennent tankistes, n’est-ce pas, et qu’ils libèrent un pays qui les a entravés. Je me disais cela, aussi, parce que nous sommes dans la commémoration ces jours-ci et que les Américains sont revenus en Normandie. Mais voilà, il leur faudra relibérer l’Alsace aussi. Hier, des inscriptions dans un collège de Lutterbach : « Hitler on t’aime », « Les nègres au four » et aussi « Vive la France ». Vive la France. Les nègres au four et les sans abris à la poubelle. Hier, toujours, centre de la France, un camion poubelle dans sa tournée de récolte du papier recyclable. Un homme dort dans un conteneur. On le soulève ce conteneur, on le balance dans la benne à ordures. On entend mal les cris dans ces cas-là. C’était un Roumain et l’on connaît son nom, c’est bien qu’on le cite aussi : Mihai Rusu. Et la marche, dans laquelle on ne verra pas Etienne Roda Gil ni Mihai Rusu, fait un petit tour en Europe. Ce sont les sans papiers qui traversent les frontières. Elle est partie de Bruxelles hier, elle est à Liège aujourd’hui. Elle sera à Matignon le 12 au soir. La marche fait ses élections européennes. Je ne sais pas si on ne votera pas à Saint-Gilles le 13 juin mais cette marche a été interdite sur le territoire de la commune. Pourquoi faut-il toujours interdire quand l’on peut permettre ? Quelle est cette obligation politique d’être mâle devant le malheur ? Pourquoi choisir la mort, toujours ? Épitaphe d’Etienne Roda Gil : « Trop de cimetières, pas assez de bibliothèques ». Poètes, vos sans papiers !


































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