Lautresite, lecture publique, rase campagne 1er juin 2004
   
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En ce jour du mardi 1er juin 2004, Entendu ce matin à la radio que les actions terroristes en Arabie saoudite faisaient grimper le cours du brut. On imagine le terroriste avec sa mallette et ses paquets d’actions terroristes débarquer à la City ou à Wall Street ou au Palais Brongniart pour jouer le baril à la hausse. On voit d’ici également l’image du petit porteur de bombes faisant exploser le marché. Ces comparaisons sont raison, relativement à l’irrationalité des cours de la bourse. Car la finance, apparemment, semble s’accommoder fort bien du terrorisme auquel elle cède avec pâmoison. Quelle chance que ces prises d’otage, quel bonheur que ces attentats, que délice que ces kamikazes dont vous suivez les pas à la trace jusqu’à la pompe, parce que quelqu’un, quelque part, n’a pas su ou n’a pas pu retenir son emportement et sa fougue spéculatrice. La spéculation est le contraire du politique, on commence à le savoir. On disait avant, il y a longtemps, que la prévision était le pays de la politique. Depuis un bon moment, on sait qu’on appelle désormais « gestion » le territoire où se développe l’art du « vivre ensemble ». La gestion pourtant, on le voit tous les jours, ne contrarie pas la spéculation qui est, elle, la science du « vivre séparé ». Dans un monde bien fait, c’est-à-dire un monde où les gens iraient mourir dans les cimetières, le cours du pétrole serait influencé par exemple, par le droit des femmes saoudiennes. Elles peuvent conduire une voiture ? Le baril monte un peu. Elles ne peuvent pas ? Il descend. Elles votent ? Le brut gonfle. Elles ne votent pas ? Il flanche. Le marché n’est pas embarrassé par cela. Il préfère la virilité du terrorisme qui est un mot fort mâle. On voit alors que l’économie de marché n’est pas le rempart de la démocratie mais son ventre mou, prête à se rendre sans les honneurs à quatre types en armes, jeunes assassins impassibles, payés pour faire peur et sur-cotés par Jean-Pierre Gaillard qui nous appelle en direct de la bourse de Paris. Vous saviez déjà qu’il y avait des substances antidétonantes et antioxydantes dans votre essence, des inhibiteurs de corrosion, des additifs antirouille, des colorants, des alcanes et des correcteurs de cognement. Vous savez désormais qu’elle est aussi composée d’un fort dissolvant démocratique. Qui est-ce qui a dit encore que la révolution passerait par le vélo ?

































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