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En ce jour du lundi 31 mai 2004,
On en parlait tout à l’heure de ces dates qui bougent. Voilà
donc ce jour où mes voisins français travailleraient. On
évoquait le 8 mai, eh bien ce sera, à partir de 2005, le
lundi de Pentecôte. La Pentecôte est ce jour des apôtres
et des langues de feu ; ces langues étaient vraiment des langues
: elles permettaient de parler tous les idiomes de la terre. Elles autorisaient
le prosélytisme et la conversion. La Pentecôte — cinquante
jours après la Pâque juive— c’était, jusque-là,
la fête des moissons. Quelque chose de fort rural qui se transforme
à cette occasion en vocation culturelle. Cela renverse Babel. Derrière
la Pentecôte, il y a la conquête du monde. Depuis la Pentecôte,
on parle « en langues ». Et la Pentecôte c’est,
comme la langue, la meilleure et la pire des choses. Car on ne sait jamais
bien s’il s’agit d’aller au monde comme en croisade
et de croiser le fer ici ou là ou alors comme un routard et de
déposer son sac ici et là. La Pentecôte, et là
c’est sûr, c’est le début de la mondialisation.
On avouera que le symbole est chargé. Et que supprimer la vacance
du travail en ce jour où le monde est ouvert et le tourisme permis,
c’est aussi dire que la France d’en bas ne montera jamais
en haut et ne connaîtra pas l’ascension sociale. Dans la France
d’en bas, l’habitude a été prise d’une
fête. En ce jour de congé, on ne chôme pas. Car le
lundi de Pentecôte, c’est aussi : le jour du Jumbo club du
Limousin, association de sidecaristes qui profitent de ce jour-là
pour promener des handicapés ; les fêtes de Moissac vieilles
de 5 siècles et honorant la batellerie locale ; les férias
de Nîmes et de Vic Fézensac ; la Concentration de Revel,
rencontre de cyclotouristes ; la fête des marins de Honfleur ; le
concours hippique international et la foire agricole de Béthune
; la fête du chevreuil de Wintzfelden ; le festival des trains à
vapeur de Haute Somme ; la fête de la transhumance de Saint Rémy
de Provence ; le festival du livre Etonnant Voyageur à Saint Malo
; la fête du Pré de la Fadaise au Bourg Saint Bernard ; le
pèlerinage de Cousson ; le festival de la culture américaine
à Golfe Juan-Vallauris ; le Tournoi international Pupilles de l’Elan
Sportif de Montreuil ; la fête du Chien à Prisches ; le tournoi
de boules de Lyon ; le festival de musique créole à Marie-Galante
; les Montgolfiades à Châlons-sur-Saône, et le Tournoi
de football poussins à Ennequin Loos. C’est donc à
cela — tandis que l’on parle aussi de travailler les dimanches
— que le gouvernement français a décidé de
mettre un terme. Les acquis sociaux et les traditions vénérables
cèdent le pas sous le soleil de la canicule. La nation à
ses vieux, reconnaissante. Pour que l’on soit plus solidaires envers
les anciens, on empêche les gens de se rencontrer. Mais voilà
que j’y pense en écrivant ceci et en vous le lisant : moi
aussi, je travaille un jour de congé. Je me raffarinise. Quel jaune
je fais. Hé bien, tiens, je vais me taire. Je vais la rentrer,
ma langue.
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