| [ |
En ce jour du mardi 18 mai 2004,je
lisais cela hier : « Quand l’innocent a mal, Dieu sourit »
et c’est dans la Bible, c’est le livre de Job. Et hier aussi,
on me disait à Marche en Famenne, « Vos textes sont durs,
est-ce qu’il ne faudrait tout de même pas ouvrir une fenêtre,
laisser respirer ? ». Mais je le jure, ce n’est pas moi qui
pleure, c’est Dieu qui sourit. Dans les billets que j’écris,
ces questions reviennent. Le 14 novembre 2002 : « Notre degré
d'acceptation et de résignation augmente tous les jours. Notre
possibilité de renoncement est aujourd'hui impossible à
modérer ». Et le 8 janvier 2003 : « Le numérotage
des abattis devient, au coucher, une sorte de devoir de l'honnête
homme, quelque chose comme un examen de conscience ou un genre d'introspection
: que s'est-il encore passé aujourd'hui qui participe à
l'émiettement de ma liberté et qui n'eût pu se produire
hier sans que je me sente appelé par le pavé de la rue ?
». Alors aujourd’hui ? Il y a cette affaire du nouveau passeport
belge à données biométriques, il y a cette histoire
des brevets sur les logiciels, il y a cette question de l’agréation
des OGM en Europe des 25, il y a l’acceptation par la Commission
européenne du transfert des données personnelles des passagers
en partance pour les Etats-Unis, y compris de leur adresse e-mail. Cela
fait seulement vingt-quatre heures dans la vie d’un homme, ça.
Et pas de pavé battu, pas de poing levé, pas de marche en
avant. Biométrie, logiciel, OGM, e-mail : ces mots-là n’ont
pas quinze années d’usage public. Et il y a quinze ans tout
de même, un mur tombait, l’apartheid allait s’effondrant
et l’on préparait les accords d’Oslo. On avait comme
l’impression d’un agenda et d’une table. Ce n’est
donc pas moi qui n’ouvre pas la fenêtre, c’est quelqu’un
qu’on n’a pas vu qui l’a refermée. Mais bon,
en faisant tout de même un effort, en pesant sur le linteau et en
empoignant la crémone, je vous ai tout de même trouvé
ceci : un tribunal à Arlon — le même auquel vous pensez,
mais un autre — a décidé de débouter une firme
privée qui dans les rues de certaines communes de mon pays de bonne
humeur remplace désormais les aubergines aux vitres des voitures.
Nous voulons dire qu’elle contrôle les parc-mètres
et dépose des papillons. Et non, dit le tribunal, vous ne pouvez
pas poursuivre par huissier les automobilistes mauvais payeurs, vous manquez
pour cela de la qualité publique. Car ce qui est le plus privé
dans cette histoire, ce n’est pas votre firme de gardiennage, c’est
la vie. C’est la vie privée. Par l’horodateur donc
revient la raison. Je vois, d’ici, sourire les innocents.
|
|
|
]
|