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En ce jour du lundi 17 mai 2004,
vous connaissez la dernière que l’on raconte à Kiev
? Si l’Ukraine a remporté le Grand prix de l’Eurovision,
c’est que pour une fois les élections n’étaient
pas truquées. L’Ukraine a un président, Léonid
Koutchma qui dispose du droit souverain de dissoudre le Parlement et qui
contrôle les médias. C’est un potentat militaro-industriel.
Il repassera par les urnes en novembre de cette année. On lui prédit
une tâche moins facile, cette fois-ci. Mais on verra bien, l’Ukraine
est un pays où l’on dessoude les journalistes qui, à
62%, estiment qu’ils ne sont pas libres. Mais enfin bon, l’Ukraine
est un pays non européen, une nouvelle frontière, une marche,
une périphérie, où l’on raconte encore de bonnes
vieilles blagues, comme du temps soviétique. Je ne sais pas si
vous avez remarqué, mais on n’a pas entendu de bonne vieille
blague concernant l’entrée des dix nouveaux en Europe. Les
fort bonnes blagues sont solubles dans la démocratie et voilà
: l'économie de marché a même contingenté ce
commerce-là. Et d'ailleurs, quelqu'un, quelque part, aurait-il
une fort bonne blague à partager sur l'Union Européenne
? Un machin sur Prodi ou un truc sur Lamy ? Comme l'Europe ne fait pas
peur, elle ne fait pas rire non plus. L'Union Européenne, c'est
quelque chose à vous couper vos facultés d'indignation,
elle n'a pas l'humour à l'estomac. Et vous vous imaginez, en fin
de repas, devant un auditoire de neveux, devoir raconter, en désespoir
de cause, l'histoire de la montre russe ou celle de la boulangerie moscovite
? Il vous faudrait pour ça vous lancer préalablement dans
un grand cours d'histoire, raconter que les blagues c'était comme
des samizdats oraux, mais qu'est-ce que c'est qu'un samizdat, aussi, et
puis 17 ne renversera jamais 71 et Staline n'est pas ma cousine, etc...
Tiens, pas moins que la semaine dernière, un coup de fil. Une dame.
Elle parle de l’Ukraine. Elle dit : « Depuis l’élargissement,
la frontière devient impossible avec la Pologne et que va-t-on
faire de nos enfants de Tchernobyl pour cet été ? Les attendre
l’hiver prochain ? ». J’en ris encore de cette histoire
polonaise. On ne sait pas comment naît une fort bonne blague, mais
on commence à comprendre qui a inventé l'ennui. Je sais
bien qu'on ne peut pas rire de tout avec tout le monde mais, à
tout prendre, pourquoi faudrait-il choisir de ne rire de rien avec personne
?
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