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En ce jour du mardi 4 mai 2004,
notre santé personnelle se confond désormais avec celle
de l’économie globale. Dernièrement, lors du sommet
européen de Varsovie, le Conseil international de la protection
sociale avertissait : «D'ici 2020, l'Europe sera en manque de main-d'œuvre
si elle ne prend aucune mesure pour avoir des hommes et des femmes en
bonne santé qui puissent travailler longtemps». On parlait
là de l’obésité. Un phénomène
galopant. En Europe, à ce jour, environ 40 millions de personnes
pèsent trop lourd. Elles aussi, elles font leur entrée dans
l’Union, elles ne l’élargissent cependant pas : on
dirait même qu’elles l’alourdissent. Comme la vitesse
sur la route, comme le cancer, comme l’alcool, le surpoids fera
donc désormais partie des chantiers européens. Ce souci
que les autorités sanitaires montrent pour notre intimité
a quelque chose de touchant. Ce que nous faisons de notre corps est observé
par l’État qui n’a pas besoin pour cela de caméras
de surveillance ni de systèmes biométriques mais simplement
des statistiques de la sécurité sociale. Il y a là
une sorte de bienveillance consensuelle qui fait peut-être bien
contrepoids au sentiment diffus d’une menace : car un seul individu
aujourd’hui peut nuire au bien-être de tous. Allez, vous,
faire de la relance et de la croissance avec un tas de citoyens fumeurs,
alcooliques et bâfreurs. Pour le bonheur de l’Europe, il existe
cependant plein de gens maigres. Tellement malingres qu’ils parviennent
à se cacher dans des faux plafonds de wagons ou dans des trains
d’atterissage d’avions. Mais pourtant, eux aussi, il semble
qu’ils pèsent trop lourd. Une autre rencontre européenne,
ces derniers jours, entendait traiter de la charge que représentent
les demandeurs d’asile pour les pays de l’Union. La charge.
Un mot qui dit suffisamment la pesanteur, la densité, le fardeau,
le trop-plein. Toujours cette peur de ce qui fait poids. Nous voyons désormais
les choses en gros. Notre regard s’attache au général
et se détourne du particulier. Nous ne distinguons plus, nous ne
parvenons plus à faire la distinction. Tout le monde vaut tout
le monde et personne n’est plus personne. Je vous livre donc ceci
avec l’assurance que vous saurez désormais quoi faire de
mes sentiments distingués.
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