Lautresite, lecture publique, rase campagne 15 avril 2004
 

 

Jeudi 15 avril  

On me dit: "Faut aller voir Rase Campagne, c'est très fort!".
Je dis "C'est quoi comme spectacle?"
On me dit: "C'est un mec qui a écrit des textes partant de l'actualité et qui les lit, tout seul à une table."
Je dis "ça doit être chiant, ça dure combien de temps? En plus, les textes, je les connais."
On me répond: "Va voir, tu verras bien."

Maintenant que j'ai vu Rase campagne, je peux le dire:
"C'est pas chiant, tu vois pas le temps passer, tu voyages dans le monde et en toi, tu comprends que les frontières ce n'est bien qu'une vue de
l'esprit, qu'il y a moyen de changer de point de vue, tu vois les choses autrement et t'as l'impression d'y avoir gagné en lucidité. En plus, t'es ému...
Et le mec, qu'est pas comédien de son premier métier, je vous assure qu'il assure. Ses textes prennent à l'occasion une force particulière. Pour
paraphraser Ferré, la poésie contemporaine politique se doit d'être dite en public.
Vous me croyez, vous me croyez pas, allez-y, vous verrez bien."

Catherine Godart, Bruxelles



  Il m'a semblé que la lecture publique a donné une force et fait apparaître toute la cohérence des textes que j'avoue n'avoir pas tous lus dans leur intégralité sur le site lors de leur parution.
Dans une mise en scène sobre créant la nécessaire intimité entre le narrateur-auteur, l'univers qu'il décrit et les spectateurs, son carnet "journalistique"est aussi un rappel de barbaries quotidiennes qu'on ne peut se résigner à accepter comme de banals faits sociaux dans leurs affreuses répétitions et vouées aux oubliettes d'une histoire qui s'emballe. Si ses cartes blanches sont en réalité bien noires, c'est qu'il s'agit des réflexions d'un auteur qui pose en permanence un regard dénué de toute complaisance. Il exprime une forme d' "hyper conscience" sur une époque où la réalité dépasse largement l'entendement et où il est difficile de demeurer indifférent et résigné. Il distille aussi un humour décalé qui ne sombre pas dans l'ironie facile mais dont on voudrait parfois qu'il agisse plus franchement de manière à transcender réellement et à instaurer une certaine légèreté, quelques respirations.
Paul a fait le choix de l'insurgé. Il est rentré depuis longtemps en résistance et dans cette capacité d'indignation, on est nombreux à se reconnaître. Ces textes expriment des préoccupations partagées communément, mais qu'il est salutaire de faire le choix de répéter. Juste cause à défendre et à propager absolument.

Bruno Uyttersprot, Bruxelles


  Finalement, on est encore de grands enfants qui adorent écouter une histoire, même si celle-là est tristement réelle ou celle-ci empreinte de tant de belgitude ou encore tellement européanocentriste qu'elles en deviennent des caricatures.
C'est cette façon de raconter ce dont est fait notre quotidien, un "bête" fait divers, qui est génial (on ne se rend même plus compte de l'abberation des actes posés ou des discours dits) : on est embarqué dans un "vraie" histoire, et porté par un suspens qui vient d'on ne sait où.

Leila Kliche, Bruxelles