Lautresite, le jour, 23 septembre 03

Ben Wielfried:
Elle existait pas, mais ils sont en train de l’inventer. (Pause) Tu vois, cet imbécile de Helmut dans sa cabine. Dans sa cabine, il passe sa journée à surveiller des « non aryens » comme toi, moi, et tous ces milliers de pauvres gens qui travaillent jusqu’à l’épuisement à fabriquer leurs armes. Et grâce à ces armes, ils font la guerre, conquièrent le monde. Et tout ce monde, ça fait encore plus de prisonniers « non aryens » qu’ils ramènent, ici pour accélérer la cadence des camps de travail. Et dans le camp de travail tu deviens fou, tu deviens bête parce que tu n’est plus qu’un numéro. Et moi je ne suis pas un numéro, je m’appelle Wilfried Vandeput et je suis le patron d’une usine de chaussures à Anderlecht, rue de l’abattoir n°12 et les Anderlechtois emmerdent Helmut. Helmut, je t’emmerde et toi, Hitler tiens, prends ça dans ton pet.

On entend des sirènes, des chiens, des soldats Allemands,
Noir
Lumière, Wilfried entre seul en boitant, les lèvres gonflées.


Ben Wielfried :
J’ai eu tort. J’aurais du me taire et réfléchir, comme Moktar. Je serais peut-être loin d’ici maintenant. Moktar, lui c’est un aigle, d’ailleurs dans le camp de travail, tout le monde l’appelais « l’Aigle Berbère ». Il a disparu dans la lumière du soleil. Envolé ! Pchuit ! Comme à Gembloux, quand il m’a sauvé la vie : fffuiiit ! Je n’ai jamais compris comment il a fait. Oh c’est pas le genre d’homme à se laisser enfermer ici, comme moi. J’aurais du essayer de partir avec lui, gagner la zone libre et organiser la résistance, mais je ne cours pas assez vite pour ça.

Il se lève et sort par le fond en boitant.

Noir doucement sur sa sortie

Voix de l’histoire (off) : Après une mémorable évasion, Moktar notre héros, armé de son courage, rejoint la France libre. Avant de réintégrer les forces alliées, qui préparent d’ores et déjà leur débarquement en Italie, il obtient une permission bien méritée pour rejoindre son Maroc natal.