Lautresite, le jour, 23 septembre 03



Sam Moktar :
Partout des corps mutilés, des lambeaux de chairs, des gémissement, des appels à l’aide,… La mort frappe sans compter : une véritable boucherie ! Le capitaine nous disait vaincre, vaincre ou mourir. Le bras arraché, vidé de son sang, il tombe à son tour.Wilfried, le sergent belge, nous rejoint et nous annonce qu’à l’arrière, quelques troupes françaises ont disparu du front. Ils ont tous abandonné leur poste de commandement laissant derrière eux les canons et les mitrailleuses.


Ben Fkih :
J’entame une course non pas pour fuir, mais pour rejoindre les quelques compagnons de combat qui s’engagent dans un corps à corps. Car les Allemands surgissent encore plus nombreux et attaquent à la baïonnette ; Mokhtar à ma gauche crie :

Sam Moktar :
Allah au akbar!!!

Ben Fkih :
Transperçant de sa baïonnette le cœur d’un Allemand aussi jeune que lui. Wilfried, à ma droite est surpris par un autre soldat allemand, qui se jette sur lui pour lui planter la lame. Machinalement, sans réfléchir, je barre la route à l’ennemi recevant en plein ventre la lame. Mais ce ne sont que quelques secondes qui séparent ma mort de celle de mon meurtrier, car c’est grâce à Moktar que je fus vengé et que Wilfried eut la vie sauve.

Sam Moktar :
En voyant Sidi Fkih mourir, j’ai compris qu’ils nous ont sacrifiés et comme disait le capitaine, il fallait vaincre ou mourir. Nous n’étions rien, rien du tout. Qu’une chair à canon, des bêtes prêtes à être immolées sur l’autel de la guerre. Après cinq heures de combat sans relâche, le feu d’artifice de l’horreur avait fait exploser sa terreur, laissant derrière lui des montagnes de corps déchiquetés. La boue des champs dans laquelle nous combattons s’est transformée en une marre de sang coagulé. C’est sur les corps de mes compagnons d’armes qu’à présent je marche, presque accroupi, évitant les éclats d’obus.