Lautresite, le jour, 23 septembre 03




Scène 5

Sam Mokhtar :
Le soleil se lève avec un éclat rouge comme pour nous dire que la journée sera sanglante. Tous ces gens qui fuient vers d’autres horizons, un peu plus fébriles à chaque pas. Regarde Sidi fkhi ces enfants au corps de vieux, ces vieux sans nom. Ces charrettes tirées par des chevaux et des ânes qui les amènent vers un autre destin.

Ben Fkhi :
Quant à nous, nous sommes chacun blottis dans notre trou, cette terre nourricière creusée dans les entrailles de l’enfer, à attendre l’ennemi... dans la pénombre. Après deux heures d’attente, l’air se fait de plus en plus rare. Mes jambes trop vieilles, trop usées pour supporter l’effort, mes bras cramponnés au fusil sont des fourmilières, mais l’angoisse et la peur m’empêchent de bouger. Malgré moi, tous les membres de mon corps se mettent à vibrer au rythme des chars allemands, qui s’approchent de plus en plus vite !

Sam Moktar :
A présent l’armée allemande arrive vers nous. En quelques secondes tout le village de Tazn’tem défile dans ma tête. Une manière peut-être de lui dire adieu. Des centaines de blindés avancent sur nous et nous bombardent, nous mitraillent et nous, vissés dans nos trous à rats, nous attendons les ordres pour la contre-attaque à découvert.

Ben Fkhi :
L’ordre arrive et déjà un mortier allemand, surgi de nulle part, règle son tir mortel. Un degré à gauche, un degré à droite, trente de nos compatriotes tombent, puis ciquante, cent, deux cents peut-être ! Karim a les deux jambes arrachées. Je lui crie chehad, chehad. Dresse ton index droit vers le ciel, mon frère, avant l’ultime prosternation et le grand sacrifice.