Lautresite, le jour, 24 septembre 03



Sam :
Ils étaient trois ou quatre mille par bateau, je ne sais pas. Des dizaines de paquebots tout blancs laissant l’Afrique à sa beauté, à son immensité et à sa chaleur, pour découvrir une Europe grande, blonde et fertile.

Ben :
Après une étape à Marseille, c’est la verdeur à perte de vue qu’ils découvrent en silence, entassés dans des wagons à bestiaux, dont on avait soigneusement fermé les portes avec des chaînes cadenassées... Histoire qu’ils ne s’échappent pas…

Sam :
Ces trains à bestiaux transportent, pour la première fois, des hommes, dans de longs convois qui n’en finissent plus. Simultanément, des dizaines de milliers d’yeux écarquillés découvrent, à travers les minuscules fissures des parois, l’immensité des champs verdoyants tels qu’ils sont décrits dans le paradis d’Allah. Tous ensemble, ils se demandent : mais pourquoi cette putain de guerre ?

Ben :
Mais parce que chez eux, Sam, en Afrique, s’ils avaient la chance d’avoir, ne fut-ce que deux ou trois mois par an, cette couleur verte, partout, partout ces terres fertiles, eh bien tu crois vraiment qu’ils auraient fait la guerre pour ces Européens ?


Sam :
Franchement, est-ce que tu crois qu’ils se posaient vraiment la question ?

Ben :
Ils étaient colonisés par les Français, les Espagnols, Jo. Et Donc quand ils faisaient la guerre, on la faisait aussi, et aux premières lignes. La loge d’honneur ! Quand ils faisaient, on faisait !

Sam :
On avait qu’à la boucler quoi…