Lautresite, le jour, 23 septembre 03



Sam Moktar :
Je te payerai, Sidi !

Ben Fkih :
Si tous les enfants de Tazn’tem avaient étudié comme toi, je serais riche et fier,.. mais à l’intérieur. Allez, demain mon fils, on quitte la garnison on va prendre la bateau pour partir à la guerre en France. Femt ? T’as déjà voyagé ?

Sam Moktar :

Ben Fkih :
Le livre que je t’ai donné. Ibn’ Batouta, le Marco Polo marocain. Tu l’as pas fini, hein ?

Sam Moktar :
Si si, Sidi Fkih, Petra, le Taj Mahal, la grande muraille de Chine. Je le connaissais même par cœur, le passage où la femme, la veuve indienne, elle se jette dans le fleuve pour rejoindre son mari parce qu’il est mort. Il regarde discrètement s’ils sont observés. « Je traverse les stations. En songe, je les traverse jusqu’à ce que je parvienne à la station du parfait abandon à la volonté divine. » Je m’en rappelle comme si c’était hier.

Ben Fkih :
Alors tu vois, tu as voyagé.

Sam Moktar :
On était trois avec votre fille.

Ben Fkih :
Ah Fatima. Je dois lui manquer déjà. Elle vaut cent fois tous les fils que Dieu ne m’a pas accordé. (Pause. On entend les pas des autres soldats) Allez Moktar, le devoir nous appelle.